jeudi 25 décembre 2008

INTRODUCTION


Promise en septembre 2007 à mes lecteurs du REPUBLICOIN, la voici, la grande aventure syndicale. Une aventure écrite comme un refuge lors des grèves de 2003 et en réponse à l’humour libéraliste, anti-syndical qui circulait alors sous le nom « les aventures de Cégétix ».

La version de 2003 m’étant apparue un peu trop socialiste et pas assez social-démocrate à mon goût désormais plus mûr, vous découvrirez la nouvelle version au fur et à mesure de la réécriture, à raison d’un chapitre par mois, en ces temps où les questions sociales parmi lesquelles celle des Retraites vont être remises sur le tapis, voir peut-être même mises au tapis.

Cette aventure syndicale rédigée dans la plus pure tradition druidique de la Politique-fantaisie, sera bien moins nuancée que pas mal de mes billets habituels sur LE REPUBLICOIN, moins dans l’analyse, car dans la mesure où il s’agit d’une sorte de tract syndical d’une centaine de pages, il faut bien que tout ceci soit plus musclé que nuancé.

Comme par ailleurs la Communication libéraliste du gouvernement actuel se fait de plus en plus outrancière, un peu de prose-combat en guise de contre-propagande ne me semble pas malvenue.

Tout ça pour dire que certains personnages « fictifs », qui n’iront pas sans rappeler d’autres plus réels, seront un peu malmenés alors que je les apprécie en vrai et d’autres, appartenant à mon camp, que j’estime parfois aux fraises dans la réalité, seront ici héroïsés. Mais n’est-ce pas là, le propre des œuvres de fiction ?

Pour faciliter la lecture, les posts seront inversés chronologiquement, de décembre à janvie… Allez, trêve de bavardages, on y va. Prologue…

mercredi 24 décembre 2008

SYNDICALINE VERSUS DARK SPECULATOR : PROLOGUE


En l’an de grâce 2012 après J.C. ou selon le nouveau calendrier « réformé », l’an 17 après « La Grande Dérégulation », toute la France sera enfin Reformée. Ils auront réussi à la réformée P4 ! ! !

Toute la France ? Non ! ! !

En effet, une poignée d’irréductibles attachés à la République Une, Indivisible, Laïque et Sociale résistera encore et toujours aux envahisseurs dirigés par Dark Speculator qui règne sur l’Empire de COM depuis ses îles du Grand Caïman.

Mais remontons un peu dans le temps.

En cet an 8 (2003), nos héros retranchés dans le village « Intérêt Général » résistent à l’encerclement mené par les traîtres vendus à l’occupant et qui sont cantonnés dans les camps fortifiés de « Fondepensium », « Profitsmaximum », « Speculatium », « Consortium » et « boitedecom ».

Toutefois avant de présenter nos héros, décrivons les lieutenants du sombre seigneur, les traîtres qui ont rejoint les fortins de l’occupant et les esclaves enrôlés de force dans son armée.

Démagogix : Grand chef des armées pour la zone France: époux de Sacvuitonàlamimine, il a cherché désespérément, pendant plus de 20 ans, à devenir Grand Général, en promettant toutes les victoires, toutes les merveilles, en organisant de grands banquets sur le compte du connétable et surtout du contribuable. Démagogix n’a qu’une seule crainte : Que les factures lui tombent sur la tête!

Girondix : C’est le nouveau lieutenant de Démagogix. Appelé également Monseigneur de la Bosse puisqu’un sort jeté par Démagogix, lui fait gonfler sa bosse cervicale un peu plus à chaque mission échouée. Girondix est chargé d’offrir Belle France, sur un plateau doré, à Dark Spéculator. Dans ce dessein, il utilise la décentralisation pour pouvoir vendre Belle France, en morceaux, à tous les intérêts égoïstes. Il est aidé dans son projet par le Baron Ernestum Wendelium.

Petitfascix : Il est l’un des multiples fils illégitimes de Dark Spéculator. C’est un prédateur redoutable. Son rêve, dévorer Belle France. Pour y parvenir, il raconte à ceux qui ont vraiment faim qu’il partagera la France gironde avec ceux qui seront de bons gaulois et qui se battront pour lui, Le Chef. Bien sûr il espère qu’ils mouront tous dans la bataille afin de pouvoir tout manger avec ses amis.

Vivendix : Fils prodigue de Belle France, il s’est laissé séduire par Dark Spéculator et le chant des sirènes du grand océan. Du coup, il a renié sa mère et ses tantes, les gentilles fées des rivières. Il emportera tout l’or déposé dans le lit des rivières par le bon peuple, afin de pouvoir courir ce qui s’averra être une aventure désastreuse.

Cadremoyenaigrix : Il est centurion dans l’armée de Dark Spéculator. Sa solde de mercenaire s’élève à 2 fois le SMIC pour 2 fois 35 heures de service militant. Son objectif consiste à gagner 3 fois le SMIC pour pouvoir faire partie des maîtres du monde et participer aux majestueux banquets donnés sur l’île paradisiaque du Grand Caïman.

Vendesassurancestoutrix : Meilleur ami de Cadremoyenaigrix, il s’agit d’une créature insatiable de la race inculte des commerciaux. La race à l’origine de l’Empire de Com. Il a été adoubé par Girondix, Chevalier de l’Ordre du Grand Caïman, en armure plaquée or de marque Rolix. Il combat pour son maître qui lui promet le Monde s’il atteint ses « zobjes », ses objectifs de vente.

Caissieràminiprix : Hypnotisé puis transformé en zombie par les mages de Démagogix, qui lui ont fait croire qu’il n’y avait plus de rapports de force dans le monde du travail, que les syndicats ça rend stérile, ça mange les enfants, et qu’il n’est pas un employer mais un co-équipier. Du coup, enchaîné à la rentabilité de sa caisse enregistreuse, il méprise les ouvriers, les employers, les syndicats, fier qu’il est de sa récompense de co-équipier.

Poujadix : Râleur invétéré et exigeant, il veut des hôpitaux, des écoles, des routes de grande qualité. Mais il ne veut pas payer d’impôts et ne veut pas de fonctionnaires. Il préfère donner son argent aux officiers de Dark Spéculator qui lui vendent des services toujours plus chers et de toujours moins bonne qualité.

NOS HEROS

Syndicaline: Syndicaline est tombée dans le chaudron de Dagda quand elle était toute petite. Le chaudron solidaire qui redistribue à ceux qui en ont besoin. Fille d’ouvrier métallurgiste, ingénieur en aéronautique après avoir fait un CAP, Bac-Pro, DIUT, elle étudie désormais le droit social après ses journées de travail. Ce qui lui permet de défendre les droits des salariés au sein de son syndicat.

Didactix: Ami d’enfance de Syndicaline. Humaniste ultra-qualifié, sous-payé sur une base de 10 mois annualisés, supportant l’humeur des parents, des élèves et de la bureaucratie, Didactix se bat malgré tout pour maintenir un savoir digne d’une démocratique. Un savoir qui éclaire et qui libère. Vous remarquerez qu’il ne manifeste jamais pour son salaire mais toujours pour ses élèves ou bien l’Intérêt Général.

Démocratix le chef : C’est un dirigeant politique travailleur mais un peu naïf. Il est de ceux qui travaillent pour le bien de Belle France sans la ramener. Comme il a oublié d’expliquer sa politique et de rappeler aux Français tout ce qu’il a fait pour eux, ceux-ci sont tombés dans les mensonges et les sorts d’oubli que Dark Spéculator a enseigné à Démagogix.

Constitutionnix le druide : L’un des 9 plus grands sages de Belle France. Il est l’un des gardiens sacrés des Saintes Tables de la Nation. Il est toujours prêt à aider nos amis dans la défense d’Intérêt Général, notre beau village.

Staracademix : Barde maudit, il a fait de la prison médiatique par amour de l’art. Il attend l’inspiration et le talent qui tardent à venir mais c’est un fidèle compagnon, adorateur de la déesse Solidarité.

mardi 23 décembre 2008

SYNDICALINE VS DARK SPECULATOR : CHAPITRE 1 LE RAPT (1/4)



An 7, ce fut l’année où les oiseaux de mauvais augure firent leur nid tout en couvant la grippe. En effet, les osselets divinatoires rougissaient de sang, devenant caillots sur la table des prophéties. L’oracle tremblotait de froid. Toujours cette maudite grippe. Un voile sombre tombait sur les femmes jusqu’à la racine des cheveux. La constellation d’Orion se levait, la massue menaçante sur les enfants d’Adonaï, dont des maisons brûlaient. Des nuées rouges, brunes et vertes, cousues en chemises, s’étendaient au firmament, attendant d’être vêtues par les mauvais esprits. La tempête se levait et l’enfant moqueur du monstre marin pataugeait. Le Total-Elfiathan, l’enfant méprisant du Léviathan crachait, en horrible pieuvre géante qu’il est, son encre visqueuse et vénéneuse. Tant de présages hurlaient aux oreilles des hommes et personne pour les entendre. Les Pouvoirs, du premier au quatrième étaient sourds du fait de leurs petites morts honteuses. De toute évidence, il y avait quelque chose de pourri au Royaume des Grandes Marques.

L’an 7 (2002). En vérité, je vous le dis, cette année-là fut une bien triste année. Mais le cycle désastreux ne se manifesta vraiment qu’entre la fin du mois de la Noël, parrainé par Saint Toyzarius, et le début du mois des Etrennes, sous le patronage de Saint Dartius, selon le nouveau calendrier « réformé ».

En ces veilles de Noël, Constitutionnix le Druide venait de passé une très mauvaise nuit. Des cauchemars ponctués de frisons et autres sueurs l’avaient un peu secoué. Pendant ses périodes d’éveil, il crut entendre la voix lugubre de BadBercix le Grix, le Mage des mesures, lancer à travers le brouillard, diverses incantations redoutables : « S = a(1+r)N », « facilités d’ajustement structurel », « endettement net de la Nation », « I.S.F caducus ». Des incantations à manier avec sagesse. Des incantations catastrophiques entre de mauvaises dents.

L’aurore venue, tout en redressant sa pauvre tête, plombée par la nuit passée, Constitutionnix remarque en regardant par sa fenêtre, qu’en ce matin d’après solstice d’Hiver, l’ombre refuse de reculer. L’aurore est timide. L’ombre triomphe encore. La Frange du firmament étant même d’un rouge martelé. Contitutionnix comprend alors que le retour du jour est marqué par le sceau brûlant des filles des forges, divinités souterraines assoupies depuis bien longtemps.

« Pourquoi se réveillent-elles celles-là » se demande Constitutionnix. « Est-ce la hausse des cours de l’acier qui rend leur savoir faire de nouveau rentable en ces contrées ». Alors qu’il se pose ces questions, adossé à sa fenêtre, il lui semble entendre de nouveau la voix de BadBercix. Celle-ci psalmodie lourdement, dans un rythme déjà ancien « si j’avais trois marteaux, je taperais le jour, je taperais la nuit, je taperais toujours, sur le prolétariat… ». Voix qui ne semble perçue que par lui, le reste du village étant plongé dans une étrange léthargie. Personne n’est dehors alors que d’ordinaire une grande partie des habitants d’Intérêt-Général se lève tôt pour aller travailler.

Inquiet par tous ces signes, Constitutionnix quitte le village sans mot dire de peur d’inquiéter ses amis pour rien et désireux de tirer tous ces signes au clair. Par des chemins magiques réservés à son seul ordre, il se dirige à toute vitesse vers la forêt sacrée des druides, située au coeur de la Nation. La forêt de « Conseilconstitutionnix » où, après avoir contacté ses pairs par téléphone portable, puisqu’il faut bien vivre avec son temps, doit se tenir une réunion extraordinaire.

Les portes de la forêt sacrée sont devant lui, mais un étrange silence l’assaille alors que d’ordinaire résonne de tout cotés l’expression de la vie. « Vraiment bizarre tout ça » se dit-il. Se disant ça, trois croassements dont il n’arrive pas à déterminer l’origine viennent déchirer le silence. Il ne réussit à distinguer qu'une brève apparition blanche dans le ciel qui disparaît rapidement dans la cime des arbres. « Décidément étrange tout ça! » se dit-il, tout en s’enfonçant dans un chêne qui sert de porte à la chambre magique du Conseil.

« En quoi ces trois croassement sont-ils étranges » me demanderez-vous. Ah, les enfants de la Ville et leur crasse ignorance des choses de la Nature. Tout simplement parce que le corbeau a cette particularité de ne produire de croassements que par nombre pair. S’il en produit trois, chiffre magique dans la tradition druidique qui plus est, c’est que quelque chose de bizarre se déroule. Je vous jure, faut vraiment tout vous dire.

Après les salutations d’usage et autres bavardages protocolaires, Contitutionnix constate, à sa grande surprise, que non seulement les autres sages n’ont rien perçu de particulier dans le brouillard des dieux de ce matin mais qu’ils ne comprennent pas l’état dans lequel tout cela met Constitutionnix. Constitutionnix reste perplexe. « Étrange, vraiment étrange tout ça » dit-il pour se donner une contenance devant ses confrères. Il ne le croit pas si bien dire.

Alors qu’il commence à se demander s’il n’est pas devenu allergique à l’hydromel, qu’il a sans doute consommé plus que de raison pour fêter le solstice d’hiver, BadBercix déboule à travers l’un des chênes sacrés, qui explose avec son passage. En explosant, le chêne crée une brêche suffisamment importante dans le cercle de chênes magiques, entourant le Pommier de sagesse du Conseil sacré, pour que l’escorte à cheval de BadBercix puisse passer. Les Nazekools. La garde rapprochée de BadBercix constituée de sombres chevaliers. Les Nazekools. Un pipeau commercial puisque s’il s’agit bien de nazes, ils ne sont pas cools du tout.

Sans attendre la moindre réaction de nos bons druides, BadBercix lance une incantation à fragmentation. Avant qu’elle ne se fragmente et ne cible tous nos sages, Constitutionnix qui avait pris la mesure du danger dés qu’il aperçut BadBercix, cherche à protéger l’ensemble du Conseil.

Pointant son sceau sacré vers BadBercix, il lance : « Je suis un fils de l’ordre sacré des Gardiens des Saintes tables de la Nation ». Puis dessinant un cercle sur le sol avec la vive lumière de son sceau, il conclu par un « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ; BadBercix, No Passaras! ».

« Pourquoi un No Passaras » me demanderez-vous. Décidemment ! Et bien parce que un « tu ne passeras pas » ça sonnait non seulement très nul mais ça faisait surtout très ligne bleu des Vosges, très ligne Maginot que l’ennemi contourne systématiquement depuis trois guerres (1871, 1914, 1940) en passant par Sedan. Alors « You shall not pass » ça claquait mais c’était déjà pris par un certain Gandalf face au Balrog dans les mines de la Moria du « Seigneur des Anneaux ». déjà pris comme le « No passaran ». Que voulez-vous Constitutionnix a le sens du Copyright. « Et tous ces -ix à la Asterix d’Uderzo alors ! » Rien à voir ! Ça m’étonnerait que Uderzo et Goscinny puissent prétendre detenir un droit quelconque sur Vercingétorix, le siège d’Alesia et tous « nos ancêtres les Gaulois », hommes et femmes telles que Blandine, blondine, Francine, Pascaline, Roseline… Mais revenons à notre « No Passaras » qui outre l’avantage de n’avoir jamais été utilisé, offre celui d’une crédibilité que seules disposent, à l’impératif, toutes ces langues naturellement d’Empire que sont l’Allemand ou le Castillan. Voici pour l’explication et revenons à notre récit. Donc « Badbercix, No Passaras ! »

La Terre prise à témoin par Constitutionnix l’assiste. La clairière sacrée à l’expression de douce frime rougit puis se met à briller de colère. Le sol vire vermillon et toute la forêt dénudée par l’hiver s’en mêle. La poussière s’élève ; la tourbe tournoie. La poussière se fait grêle dans un tourbillon de « saine colère » qui s’abat alors sur BadBercix. Une grêle qui s’abat sur lui avec une telle intensité qu’on croirait que la vertu de la Terre se défendrait elle-même. Les racines et les branches des chênes sacrés giflent BadBercix. Un BadBercix qui étrangement sourit...

lundi 22 décembre 2008

CHAPITRE 1 LE RAPT (2/4)



Ce qu’ignorent la forêt en colère et Constitutionnix, c’est que BadBercix revient tout juste de sa retraite méditative de mi-semaine, dirigée télépathiquement par son maître Dark Spéculator. Retraite au cours de laquelle son maître lui a enseigné de tout nouveaux sorts. Il brise donc la parade de Constitutionnix par un suraiguë « Décentralisation ! Synarchie !»

Constitutionnix, surpris, les tympans en sang, laisse choir son sceau magique, brisé en mille morceaux, puis sans avoir le temps de reprendre ses esprit, encaisse, avec les autres sages, une série d’attaques jusqu’au coup fatal. BadBercix prenant le temps d’engager ses cibles venait de lancer une salve de sorts inédits à tête chercheuse : « Via recta est, mais la pente est raide ! » ; « Bonne gouvernance ! » ; « L’avenir est une suite de quotidiens ! »… « Etat de Droite ! ».

Tous les grands sages tombent les uns après les autres dans un profond sommeil. Une fois cela fait, BadBercix lance un signal indiquant que c’est au tour des hélicoraptors d’entrer en action. Il s’agit d’une espèce de dragons, mi-bêtes, mi-machines, créée de toute pièces dans les laboratoires secrets du complexe militaro-industriel de Dark Spéculator. Des hélicoraptors qui s’étaient illustrés quelques années auparavant par la capture d’un procureur sur les contreforts de l’Himalaya. Procureur qui fut prié de lancer des sorts de classement sur un dossier qui engluait un ami de Démagogix.

Cette fois-ci, montés par d’autres Nazekools, ces hélicoraptors se chargent de transporter nos sages vers les geôles de leur lieu de captivité. Les geôles d’une prison horriblement connue sous un nom que seuls les initiés peuvent prononcer. Craignez son nom mes amis ou, si votre esprit est trop fragile, ne lisez pas ce qui suit. Elle se nomme, « les oubliettes de Communicatium ».

Mais ce n’était pas là assez. D’autres hélicoraptors se mettent à hisser le Pommier de sagesse après que les Nazekools au sol ont pris le soin de déraciner l’arbre sacré qui hurle à la mort telle la Mandragore. Un cadeau pour Démagogix qui souhaite se repaître à l’envie de ses fruits. « Notre maître sera grandement satisfait » se félicite BadBercix.

Le temps passa. On reconnu l’hiver aux mois Du Bilan Comptable sous le patronage de Saint Pacioli et celui du Carnaval. Puis arriva le mois des Pâques.

Après tout ce temps sans nouvelles, les amis de Constitutionnix s’inquiétèrent au-delà du supportable, moi y compris. « Qu’est-ce que je fous-là ? » me demanderez-vous ? À vrai dire, je ne saurais vous le cacher plus longtemps. Outre l’excellent narrateur de cette épique aventure, je fais également partie de cette bande de héros. Mais pour tout vous dire nous avons rencontré un problème. Un problème difficile à résoudre. Chacun d’entre nous, dans le cadre d’une démarche participative, tenait à raconter l’aventure à sa façon, à tour de rôle, un peu comme dans le nouveau testament. Face aux risques qu’encouraient la crédibilité et la cohérence de ce magnifique récit, l’un de nos conciliants amis, doué pour la synthèse, nous fit accepter l’idée que l’un d’entre nous serait l’unique narrateur à condition qu’il se fasse discret dans le récit. Aussi je me ferai discret. Promis juré !

Aussi donc, l’attente se faisant insupportable, Syndicaline et Didactix, nos héros, se mettent à demander partout si quelqu’un a des nouvelles de Constitutionnix. Or personne n’en a, pas même Démocratix le chef. Staracademix a bien une idée, mais elle s’avérera stupide comme d’habitude. Didactix poursuit les recherches sur Internet. Ce faisant, il tombe sur l’intéressant site « arrêt des mirages », créé par Médiatix et ses amis, écartés du panel officiel pour un professionnalisme désormais déviant. Site qui parle de la mystérieuse disparition des Grands-Druides du Pays, sans toutefois donner plus de détails si ce n’est une vague mention sur « les oubliettes de Communicatium ». L’inquiétude ne fait qu’augmenter.

Didactix se met alors à consulter méticuleusement toute la presse en quête de la moindre brève qui les mettrait sur une piste. Toujours rien. Jusqu’à ce qu’un banal article, sur la menace de grippe aviaire qui pèserait sur les pigeons urbains, fasse que Didactix se souvienne enfin de celui qui sait tout. Le Vieux Pigeon de la Sorbonne, l’un des neuf plus vieux animaux de Belle France, qu’il avait connu lors de ses études. Un Vieux Pigeon qui avait élu domicile dans la cour de la Sorbonne. Lui qui avait lu tous les livres de La Sorbonne avait pour habitude d’aider les étudiants à réviser, contre des boulettes de falafel, qu’il adorait tant.

Après en avoir parlé avec Syndicaline, nos deux compères décident de partir pour Lutetia, non pas sur le champ mais plutôt vendredi soir. Dans deux jours. « Pourquoi pas sur le champ » me le demanderez-vous ? Vous êtes marrants quand même. Il se trouve tout simplement que nos héros travaillent comme tout le monde pendant la semaine et ne peuvent pas se permettre d’abandonner ainsi leur poste pour courir l’aventure et ce même s’il s’agit d’une opération de sauvetage. Je vous pardonne va ! Il est vrai que bien des récits d’aventures nous ont habitué à ce genre d’incohérences.

Le Vieux Pigeon de la Sorbonne est toujours bien là. Toutefois, ils ne le reconnaissent pas immédiatement. Aucun pigeon ne sort vraiment du lot. Tous ces petits ovipares sont loqueteux, sentent fortement le gasoil et ont l’œil malade. Didactix finit par en remarquer un, au milieu de la cour qui traîne sa misère entre les étudiants avec ce qui semble être un vieux morceau de falafel dans le bec. On croirait qu’il attend le coup de pied ou l’écrasement libérateur.

Didactix qui a sur lui des boulettes de falafel toutes fraîches, en fait rouler une vers ce vieux pigeon. Alors que les autres pigeons restent indifférents à ce geste, ce vieux-ci a soudain les yeux qui se mettent à briller. Tournant la tête vers Didactix, il le reconnaît de suite. Fou de joie, il secoue ses plumes et se rend magnifiquement présentable. Nos deux amis assistent à la transfiguration du vieux pigeon. Après la transfiguration et les présentations d’usage vient le temps des questions. Didactix demande tout d’abord à quoi est due cette tristesse qu’il remarqua tout à l’heure dans son regard.

Le Vieux Pigeon, un peu gêné, dodelinant la tête d’en arrière vers l’avant, lui explique que plus aucun étudiant ne veut s’instruire avec lui. Son savoir n’intéresse plus personne. « Regarde cette cour, mon fidèle Didactix, regarde et vois comment la pensée se déprécie, comment les sciences Biactol polluent tout. Cette cour de Savoir ne tardera pas à devenir un Skate-Park. Or je refuse de voir ça. Pas chez moi ! »

Didactix comprend parfaitement ce que veut dire son vieux maître. Après cela, il lui explique le pourquoi de sa venue. Le Vieux Pigeon plonge son bec dans ses plumes du cou pour marquer sa perplexité.

« Je comprends mieux pourquoi j’ai fait récemment ce rêve étrange. Des corneilles se levaient en grand nombre depuis la forêt de Meudonum. Ces bêtes qui naissent pour les charniers, se multipliaient et dévastaient les nids des moineaux et des mésanges. Un mauvais présage.»

« S’agissant de votre Druide, je suis ici depuis que le premier écrit est entré dans ce bâtiment et j’ai beau les avoir tous lus, je n’ai jamais lu quoi que ce soit sur les oubliettes de la Communicatium. Toutefois je connais un animal qui est arrivé à Lutetia avant moi et qui pourra peut-être vous aider. »

Le Vieux Pigeon de la Sorbonne les conduit chez Le Vieux Caniche du riche bourg de Passy. Vieux Caniche de Passy qu’ils reconnaissent par contre, tout de suite, dés son arrivée dans le hall d'entrée du bel immeuble haussmannien où il demeure. Fier, après avoir uriné nonchalamment contre la porte de la gardienne de l’immeuble, un magnifique Caniche Royal se dirige vers Le Vieux Pigeon.

Après les présentations et autres bavardages protocolaires, maître Pigeon flatte le Vieux Caniche d’un « ça m’a l’air d’aller plutôt bien pour toi, vieux compère ». « Plutôt en effet. Que veux-tu, les affaires se portent bien. Que dis-tu d’ailleurs de mon nouveau gilet Burberius ». « Assez seyant, en effet», lui répond notre Vieux Pigeon avant de lui demander s’il n’a pas entendu parler du rapt des Grands-Druides et des « oubliettes de la Communicatium ».

« Je suis ici depuis l’arrivée du premier bourgeois et j’ai beau avoir assisté à tous les brunches, causeries et commérages, je n’ai jamais entendu parler des oubliettes de la Communicatium. Toutefois, je connais quelqu’un qui était là bien avant moi. N’ayant pas de course importante à faire, je veux bien vous y conduire. Ce n’est pas très loin d’ici. »

C’est ainsi que le Vieux Caniche les conduit chez La Puce dorée. Une Puce Dorée qui habite une superbe maison de ville dans le très riche bourg de Neuillius.

« Tiens c’est marrant, la sonnette ressemble à un bouton de démarrage », se dit Syndicaline.

En effet, dès que Le Vieux Caniche appuie dessus, ce ne sont pas des portes classiques qui s’ouvrent mais ce qui ressemble à une session. Tous nos compagnons se retrouvent après un long couloir de démarrage dans un gigantesque bureau de réception, entièrement tapissé de peaux de dalmatiens, décoré de quelques icônes et percé de fenêtres aux vitraux style « Windows PX ».

Le Vieux Caniche qui les guide se dirige vers le centre de la pièce, où nos héros distinguent progressivement une petite tache brillante. À leur grande surprise, il s’agit d’une véritable puce protégée par une carapace en or. La plus vieille puce du monde.

Après les présentations d’usage et autres bavardages protocolaires, nos amis posent leurs questions concernant le rapt des Druides. La Puce réagit en éclatant de rire et en vociférant avec sa voix de vieille puce. « Depuis que je suis née, on se moque de moi, on me piétine. Or voilà que maintenant je suis au cœur de tout, au cœur de tous les systèmes, de tous les réseaux, de tous les hardwares, de tout le savoir. Je suis supraconductrice ; je conduis tout, tous les destins de la Terre et je ne vous dirais rien. Je ne vous ouvrirais pas ma mémoire vive ! »

C’était sans compter sur le hasard, capable de retourner bien des situations et autres scénarios bien ficelés. Didactix qui a attrapé pendant le voyage, à cause de la climatisation du train, un tout nouveau rhume de type troyen, éternue sans le vouloir sur la Puce.

Celle-ci qui riait encore se met subitement à tousser et à transpirer, contaminée qu’elle est par le virus troyen de Didactix. Elle est prise de spasmes. Syndicaline a alors l’idée de reposer les questions sur le rapt de nos druides. Une très bonne idée puisque dans ses convulsions, tout en les traitant de « Pirates ! », la Puce imprime sur l’un des kleennix de Didactix, les précieuses informations recherchées par nos amis. Puis la Puce se met à hurler de plus en plus fort. De la bave de silice corrosive se met à remplir toute la pièce. Entendant dans le couloir le pas de course du féroce service d’ordre et de l’impitoyable service d’administration réseau, nos héros se sauvent en fermant sur eux l’une des fenêtres.

Une fois à l’abri, ils déchiffrent sur le kleenix de Didactix « allez vers la rue de la couronne en fuite et vous trouverez vos Druides dans les cryptes du donjon baptisé Communicatium. »

Pour ceux qui s’inquièteraient pour la Puce Dorée, rassurez-vous ! La Puce s’est auto-sauvegardé grâce à un download raëlien avant de se réinitialiser, retrouvant ainsi son orgueil d’avant l’attaque virale. Par contre si certains d’entre vous voulaient la voir, ce sera maintenant beaucoup plus difficile. Elle se protége derrière un mur de feu supranaturel.

dimanche 21 décembre 2008

CHAPITRE 1 LE RAPT (3/4)



Revenus au cœur de Lutetia et une fois arrivés rue de la Couronne en fuite, nos camarades découvrent qu’un donjon très bien gardé jouxte le palais qu’occupe Girondix. « Notre druide doit être là-dedans. Toutefois comment va-t-on faire pour le délivrer ? » Se demandaient-ils.

Le Vieux Pigeon de la Sorbonne, qui les accompagne toujours, se propose de rechercher Constitutionnix, de le prévenir que ses amis sont là et de revenir avec des informations. Après s’être glissé par une fenêtre entrouverte, avoir descendu d’interminables escaliers et s’être battu contre les rats des couloirs de la crypte du donjon, notre Vieux Pigeon finit par trouver Constitutionnix. Un Constitutionnix très affaibli mais au combien heureux de savoir que ses amis sont là.

Après les bavardages introductifs habituels, Constitutionnix indique au Vieux Pigeon qu’il serait bon que ses amis interviennent cette nuit même car il s’agit d’une nuit sans lune pendant laquelle il pourra tenter de les aider. C’est avec un grand soulagement et une très grande joie que nos amis reçoivent toutes ses informations.

La nuit venue, ils s’aperçoivent en effet, que la Lune est éteinte et qu’un brouillard druidique, compact et glacial se repend. Les dieux sont avec eux. Les dieux ont entendu l’appel du bon druide.

Les gardes au sang reptilien ne résistent pas longtemps au sang-froid des éléments. La plupart d’entre eux rentre aux abris. Les plus résistants restent pour maintenir un service de garde minimum.

Alors qu’ils réfléchissent à comment neutraliser les derniers vigiles, Didactix se rend compte qu’il est assis sur une caisse, tombée visiblement d’un camion militaire, estampillée «Achtung, Munitionum ». Il l’ouvre et découvre qu ‘elle contient des études d’opinion.

Didactix a une idée suivie d’un long moment d’hésitation. Tout écrit se doit d’être respecté et ne pas servir d’arme de jet. En réfléchissant il se souvient cependant d’une vieille jurisprudence : «Considérant qu’un prospectus publicitaire reste un prospectus, même s’il prend des formes livresques, vu qu’il n’est pas œuvre de savoir. Considérant que tout prospectus publicitaire a la poubelle pour destination finale; toute réclame qui peut être jetée peut donc servir d’arme de jet. » (Cours de Cass. morale, n°146-952 ; ifopipeau contre bibliothèque de quartier )

« Alors, t’as fini ou quoi ? Que fait-on ? Noms des dieux ! » Se permet une Syndicaline gelée après une heure d’attente silencieuse dans le brouillard glacial. « Je déteste quand tu rentres dans tes interminables catalepsies socratiques, pendant lesquelles il ne faut surtout pas te réveiller ». Didactix, lui sourit et lui dit qu’ils vont pouvoir passer à l’attaque. Pendant que Syndicaline montera à l’assaut de la forteresse, Didactix se servira du poids des mots pour le choc des paupières.

« Je vois que me revient encore le privilège de me jeter dans la gueule du loup » maugrée Syndicaline.

« Que veux-tu, t’es la seule d’entre nous à avoir été trotskiste dans ta jeunesse. Il faut bien que les techniques d’entrisme et d’infiltration que tu y as appris, servent au moins à quelque chose de concret » lui répond un Didactix goguenard.

« Mouais, quelque chose me dit que je paierai toute ma vie cette stupide erreur de jeunesse » conclu Syndicaline.

Et il en va ainsi. Didactix, en couverture, assomme à coup de pavés sondagiés tout garde qui se montre. Quant à Syndicaline, elle se glisse, s’immisce, se faufile, jusqu’à la crypte des cachots, tantôt jouant le personnel de maison, tantôt la conseillère technique, tantôt la secrétaire particulière. Tout un art que celui du camouflage trotskiste.

Une crypte où elle découvre une odeur familière. « mais ça empeste le flan, ici ». Effectivement, dans la crypte de Communicatium, dégouline de partout une sorte de gélatine à la forte odeur de flan. N’y résistant pas, elle se risque à goûter la gélatine en question. « Il n’y pas de doute, c’est du flan. Tout ici est à base de flan, les murs, le sol, le plafond ». C’est dans cet environnement étrange qu’elle ne tarde pas à découvrir la geôle de Constitutionnix, qui la guidait télépathiquement par voie d’ondes courtes.

« Il n’y a pas un instant à perdre, mes pouvoirs s’amenuisent de minute en minute. Il me faut tenter de geler tout ce flan avec ce qu’il me reste de fluide magique pour que tu puisses essayer de briser la porte ».

« Surtout pas, cher Constitutionnix. Le flan ne gèle que très difficilement grâce à ses particularités moléculaires. Qui plus est, toute la structure risquerait de s’affaisser sur nous. Laisse-moi faire, mon bon druide. Tu as devant toi une championne universitaire de gobage de flanby. grâce à ma technique spéciale du escaping-flanby, en gobant aux bons endroits, sans toucher aux flanbys angulaires comme de voûte, je devrais pouvoir gober ce qu’il faut pour qu’on puisse te sortir de là ». Gobage que Syndicaline accompli magistralement.

Après avoir aidé le druide à s’extirper par le passage créé par voie de gobage, elle retrouve Constitutionnix encore plus épuisé que ne l’avait trouvé le Vieux Pigeon. Ses derniers efforts l’ayant totalement vidé. « Tiens bon Constitutionnix. Tiens bon, j’ai besoin de toi pour m’aider à libérer les autres Druides et pour nous faire sortir d’ici avec les quelques grammes de poudre d’escampette que j’ai ramenée avec moi ».

« Ne t’inquiète pas mon enfant, libéré de l’emprise du flan qui absorbait ce qui me restait de pouvoirs, je vais pouvoir nous fagoter au moins deux trois sorts de dissimulation. Pour les autres Druides, nous ne les trouverons plus ici ».

Syndicaline et Constitutionnix retrouvent le Vieux Pigeon ainsi que Didactix à l’extérieur. Ce dernier est surpris de ne pas les voir accompagnés de tous les autres Grands-Druides. « Je vous expliquerai tout ça, une fois au village. Rentrons vite, de grands dangers nous menacent. »

Après avoir dit ça, le vieux Druide n’a que le temps de s’asseoir dans le Taxi, hélé par Didactix, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil. Le Taxi prend la direction de la Gare du Mont Parnax. Par chance ils n’attendront pas longtemps le premier train du matin. Arrivés au Village, Constitutionnix dort toujours. On le porte chez lui où il dormira 48 heures d’affilées. 48 heures pendant lesquelles nos héros veillent sur lui. Staracademix se proposant même de composer une chanson aux pouvoirs guérisseurs. On lui explique gentiment que ce n’est pas le moment pour les conneries.

vendredi 19 décembre 2008

CHAPITRE 1 LE RAPT (4/4)



Les 48 heures se sont écoulées. Le bon druide se réveille. La fée Christine, sa douce fée de compagnie, lui prépare avec amour et lui sert son petit-déjeuner favori: un cocktail de jus de fruits bio multi-vitaminés ; ses galettes pur-beurre de DHEA, une huile druidique aux pouvoirs régénératifs, et du bon bacon de sanglier « serano », accompagné de pain druidique. Du bon pain à base de farine de glands car puisque tout est bon dans le cochon, ce que mange le cochon l’est forcement.

Tout en mangeant, il leur raconte ce qu’il vécut et apprit pendant ses mois de captivité dans les gluantes geôles de « Communicatium. »

« Le premier mois, nous étions tous enfermés dans la même cellule. BadBercix le Grix logeait lui dans le Donjon qui surplombe les cachots, lieu où il travaillait avec Girondix à l’élaboration des plans de campagne de Démagogix. Apprenant cela par ces bavards esprits que sont les Bruits-de-couloir, nous avons demandé aux petites souris du cachot de bien vouloir espionner pour notre compte les conversations comme le contenu des plans. C’est ainsi que nous découvrîmes une partie des projets maléfiques établis par Girondix et son fidèle lieutenant BadBercix le mage des mesures. Les projets qu’ils préparaient malicieusement contre Belle France. Les invocations de BadBercix, entendues avant mon départ, n’étaient pas qu’un piège pour m’inciter à réunir en urgence le Grand Conseil au complet ».

« Parmi ces projets, Girondix mettrait tout en œuvre pour fournir au sombre Baron Wendelium trois grands marteaux en or massif. Des armes magiques que ses ancêtres ont déjà utilisées en des temps immémoriaux pour faire plier la volonté populaire, avant qu’elles ne se retournent contre eux. Des marteaux qui ne peuvent être fabriqués que par les filles du Dieu forgeron, les filles des forges, Usinoria, Saciloris et Alstomia. Divinités qui en plus d’un précieux élixir à base de sueur de travailleur, ont besoin d’enchaîner le Soleil de l’aurore quelques instants, tous les jours, afin de lui voler un peu de son feu sacré, pour pouvoir fondre et travailler l’or du cœur de la Terre ».

« Vous imaginez bien, vous qui êtes des êtres sages, que pour enchaîner le grand dieu Belenos quelques instants, il faut déployer des incantations extrêmement puissantes, des sorts nucléaires très dangereux. Or tout druide physicien qui se respecte connaît l’éternelle Loi de l’action-réaction. Tout sort a pour écho son contre-sort. Et plus le sort est puissant et plus l’écho l’est d’autant. Mais ces pauvres fous se moquent de la sagesse. Seul leur soif démesurée, leur égoïsme, l’individualisme les guide et les motive ».

« Ainsi, les sorts furent jetés, jetés au visage du firmament », nous dit avec gravité Constitutionnix.

« BadBercix et les autres mages des mesures, sous les ordres de Girondix, lancèrent toutes les nuits qui suivirent notre capture, depuis la plus haute tour du palais, des formules telles que "Usinoria, Saciloris, Alstomia… Nous vous offrons l’augmentation du temps de travail… La précarité… Les délocalisations… La rente financière… Accordez-nous les trois marteaux-pilons qui font plier les volontés… À commencer par celle du Soleil" ».

« Bien qu’enfermés dans notre cachot, matelassé de flan absorbant, nous percevions ces sorts puissants. Des sorts que nous tentions de contrer en fusionnant nos pourvoir pour lancer des contre-mesures telles que "Sol invictus, Belenos invictix…France…Belle France de la République…Ta devise est Liberté, Egalité, Fraternité… Ton principe est gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple … Que l’Esprit de Lumière reste ton frère… Qu’il brille pour nous tous" ».

« Toute la nuit, toutes les nuits nous combattîmes ainsi, jusqu’au jour où les mages de magie sombre, membres de l’ordre des caisses occultes, cherchèrent des causes à l’échec de leur invocations et perçurent enfin nos propres contre-mesures. Ils étaient surpris. Ils pensaient en effet que leurs murs de flan annuleraient tous nos sorts de vérité. Les voilà touchés dans leur orgueil. BadBercix, leur chef, réagit en faisant en sorte que nous soyons séparés les uns des autres. J’ignore par conséquent où sont mes pairs ».

« Diantre, diables et lutins ! La guigne ! » Grogne Didactix en y pensant. Comment retrouver les autres Grands-Druides maintenant que la Puce qui sait tout s’est retranchée derrière son « Fire-Wall » magique.

« Mais ce n’est pas tout », poursuit Constitutionnix.

« Avant de nous expédier loin les uns des autres, Girondix me rendit visite dans mon cachot pour m’y infliger une blessure supplémentaire. Il commença par tenter de me séduire avec des mots parfumés de miel et de lavande. Il échoua. Je ne me laissais pas, bien évidemment, tromper par ces senteurs. Bien que fatigué, je voyais clairement les sornettes et autres couleuvres qui sortaient de la bouche du Bossu en sifflant ».

« Prenant conscience de son incapacité à me tenter, il finit par m’ordonner de me mettre à son service. Demande qui fut accueillie par une fin de non-recevoir, étant donné que je n’avais rien à lui offrir, ni à lui, ni à ses maîtres, pauvre esclave qu’il était ».

« C’est alors, un sourire narquois accroché aux lèvres telle de la morve acide, qu’il me bava dessus les mots suivants : Oh ! que si, pauvre fou. Tu as bien des choses à m’offrir. Ne me sous-estime pas Constitutionnix. Je sais qui tu es et les pouvoirs que tu détiens. Tu commandes à des armées noosphériques. Tu as hérité du pouvoir des mots dorés or je veux ce pouvoir ».

« Ce à quoi j’ai répondu "Mes armées de lettres dorées ne seront entre tes mains que de vulgaires soldats de plomb". Une réponse qui en appela une autre bien plus brutale. Me souriant, Girondix me rétorqua la chose suivante ».

« Je me contenterai de mots de plomb, vieil alchimiste de la parole. Je n’ai pas de temps à perdre et je ne te laisse pas le choix. Tes confrères sont en mon pouvoir et je n’ai pas besoin d’insister sur le fait que je n’hésiterai pas à les dissoudre dans l’oubli. Tu es suffisamment intelligent pour reconnaître ta défaite et trop stupide pour me laisser faire une chose pareille »

« La sentence fut sans appel et ma défaite bien cruelle, mes chers enfants. Ce monstre de Girondix vampirisa l’essentiel de mes pouvoirs. J’en suis désolé. J’en suis profondément désolé », insiste Constitutionnix en conclusion du récit de sa captivité.

« C’est un druide affaibli et bien pauvre en magie désormais, que vous avez secouru. Je n’ai plus à vous offrir que quelques sorts, un peu de savoir et les conseils d’un vieux fou ».

« Nous n’échangerions cela contre aucune armée de mots ou de tout autre ordre. C’est toi que nous voulons à nos cotés » lui disent en choeur Syndicaline et Didactix.

Heureux de cette marque d’amitié, Constitutionnix termine son repas en disant que l’on n’a, de toute façon, plus le temps de partir à la recherche des autres druides. « Nous devons nous préparer ». Se préparer car les troupes ennemies se préparent, elles aussi, pour la campagne post-électorale.

« Comment Girondix a-t-il vampirisé les pouvoirs de Constitutionnix », me demanderez-vous. Une curiosité fort légitime que j’étancherai un peu à l’écart de notre bon Druide puisque vous aurez compris qu’il n’est pas capable de vous parler, pour l’instant, de ce souvenir douloureux.

Après que Girondix lui a ordonné de lui remettre le pouvoir des mots d’Or, Constitutionnix lui dit « Puisque tu veux ce pouvoir, le voici ». Puis le druide tendit ses bras en direction de Girondix. L’atmosphère devint humide et lourde, comme chargée d’électricité. Une odeur de mercure et de cyanure se mit à flotter. Constitutionnix se mit à trembler violemment. Sa sueur ruissela jusqu’à ses pieds. Là, sur le sol, les gouttes formèrent des billes liquides qui se mirent à rouler vers le bossu pour finir par reformer une flaque sous ses pieds.

Alors que Contitutionnix tendait toujours ses bras parcourus de spasmes vers Girondix, une brume épaisse aux reflets dorés s’extirpa par les pores de la peau et le bout des doigts du druide. Ses ongles tombèrent. Le druide gémit ; le bossu sourit.

La brume se fit de plus en plus compacte, finissant par former dans l’espace de magnifiques entrelacs, si denses que l’on aurait dit les entremêlements des branches de l’If. Des entrelacs où des lettres ogamiques apparurent, accompagnées d’un bruit sourd, comme celui d’encoches que l’on frapperait sur du bois.

Ces lettres d’or, filles du silence, finirent par se détacher des entrelacs et par se précipiter vers la bouche et les narines de Girondix qui les accueillit en riant. Les entrelacs gémirent telle l’écorce d’un arbre que l’on déchire ; le bossu sourit. Constitutionnix s’effondra et Girondix, dit Messire de la Bosse, quitta le cachot fier de lui.

vendredi 21 novembre 2008

CHAPITRE 2 « MOBILISATIONS » (1/4)



Constitutionnix avait vu juste encore une fois. Dés ce matin-là, des commandos en tenue de camouflage quittent le fort « Boitedecom » en lançant des cris de guerre tels que « 80%…Enfin proprios de l’assemblée…On ne va pas se laisser emmerder ! ».

Armés de verve acide, ils font les premiers kilomètres camouflés à l’aide d’un très efficace sourire d’apparat enseigné par Démagogix, et d’un polo SPQR histoire de se fondre dans les jeunes actifs. Leur objectif : prendre d’assaut le bourg Televisium. Un lieu stratégique.

Le Plan prévoit qu’ils soient récupérés un peu plus loin, en aval du fleuve Hertzien, par des vedettes rapides que BadBercix leur envoie depuis son repère. Des embarcations qui remontent le fleuve Hertzien jusqu’à son confluent avec la rivière Oisive. Là, ils débarquent pour poursuivre par la route Kathodique qui les mène jusqu’au bourg visé. La bataille est brève. Ayant toujours été de faible résistance, le bourg Televisium s’offre facilement au nouvel occupant.

Dés cette journée, ils contrôlent presque tous les pigeons décodeurs, dont les habitants de Televisium sont les dresseurs. Des pigeons décodeurs, qui installés sur les antennes émettrices, se mettent alors à roucouler en dodelinant la tête une bien étrange rumeur.

Cette rumeur conte que l’on va réduire le pain des anciens, que seul le peuple travailleur cotisera plus en charriant les lourds sacs de blé, d’orge et d’avoine, dans les silos de prévoyance. Le seul peuple travailleur portera jusqu’à ce que ses vieilles jambes se brisent .

Pendant ce temps, le Baron et sa suite se goinfrera dans d’interminables ripailles, fermera ses greniers à la solidarité et en déplacera le contenu dans de gigantesques coffres hors d’atteinte. L’orge, l’or et les ballots de soie seront ainsi confisqués au bien commun ; confisqués et gardés par les terribles Trolls des montagnes ; Confisqués et comptés inlassablement par les gobelins gris des cavernes helvètes ; comptés et entassés sans cesse dans les coffres sans fond des vampires du bien commun. Le Baron rira, repus, bronzé, massé sur une île ensoleillée, protégée par des caïmans géants. Le Baron se gausserait du peuple qui plie, qui casse et qui se rend à la Rente.

La vision accompagnant cette rumeur fait frissonner le vénérable druide mais pas seulement. Tous les habitants d’intérêt général sentent un même frisson leur parcourir l’échine. Un frisson qui sonne l’heure du rassemblement. Chacun se dirige alors vers sa maison de quartier où il retrouve ses confrères.

Dans chaque assemblée, chacun discute, réfléchi, se dispute perturbant le sommeil de l’astre du Jour dans cette longue veillée sociale. De chaque maison devront sortir des délégués qui sur la place centrale du village délibèreront quant aux actions à mener.

En attendant, alors que les douze déesses de la nuit défilent dans le ciel, des éclats de voix aux accents tribuns encore imberbes bourgeonnent. Les animaux de la forêt, les lutins, les fées écoutent ces discussions, un peu perturbés par tout ce tumulte peu festif.

jeudi 20 novembre 2008

CHAPITRE 2 MOBILISATIONS (2/4)



Dans la maison des enseignants, ces oreilles discrètes assistent à un échange un peu vif entre Didactix et Mlle Profsousmorphine. Cette dernière en sanglots lance à l’assemblée, dont une petite partie, au fond, corrige des copies en retard, « la grève nous est interdite car nous avons un devoir de sacrifice envers nos élèves et la société ; disposant de la garantie de l’emploi nous devons nous sacrifier! » Concluant sur la nécessité d’accueillir les élèves, et surtout de « se sacrifier », elle plante nerveusement sa fourchette dans le tupperware rempli de salade qu’elle s’était préparé pour la soirée. Son ami Profsousprozax la soutient, un verre de vin blanc à la main.

Didactix, rétorque alors goguenard : « Mais oui, voyons ! Invitons Démagogix à pousser sa logique jusqu’au bout. Puisqu’on glande et qu’on a la garantie de l’emploi, il n’a qu’à faire cotiser les salariés du public 50 ans et ceux du privé 30 ans. Ainsi on obtiendra une moyenne de 40 ans pour tout le monde ! Il n’y a pas à dire, on fait culpabiliser beaucoup trop facilement un prof. » Puis d’un ton plus sérieux, il poursuit : « La garantie de l’emploi, un prétendu avantage que nous payons doublement. Que nous avons payé en trimant pendant des années passées à préparer les concours. Que nous payons toujours puisqu’à qualification égale, nous sommes moins bien rémunérés que dans le privé ! Et puis une garantie de l’emploi que l’on peut voir, si nous imitons la mauvaise foi de nos adversaires, comme une obligation de travail toute sa vie professionnelle. Nous viendrait-il à l’esprit de jalouser les périodes de chômage rémunérées chez les salariés du privé ? Non ! Pourtant on pourrait prétendre qu’il s’agit-là d’une forme de garantie de l’emploi ou plutôt de salaire. Que l’on cesse donc avec cette grosse ficelle de la garantie de l’emploi. Alors certes oui, nous avons des devoirs. Parmi ceux-ci nous avons celui de défendre ce ciment républicain qu’est l’Ecole. Cela passe par la défense de l’institution scolaire mais aussi de notre dignité. Je ne suis pas un garde-chiourme mais bien un Professeur »

Profsousmorphine pleure alors de plus belle tout en mâchouillant rageusement un pétale d’endive. Ce qui pousse Profsousprozax à prendre sa défense en lançant un vibrant : « oui mais comment t’explique ça aux parents d'élèves, toi ?!? »

« Par Ogmios ! Répond Didactix, « avec des mots et si les parents ne comprennent pas ses termes simples, s’ils ne nous respectent pas, s’ils préfèrent rester attachés à la défense de leur petit intérêts égoïstes réduits à la seule obligation pour l’école de faire garderie tout en livrant des menus scolaires à la carte, et bien tant pis. La dignité et le respect passe par un rappel. Ceux qui ont obtenu les concours, c’est nous ! Ceux qui détiennent l’autorictas que confère le savoir, c’est encore nous ! Je rappelle enfin que jusqu’à présent nous avons toujours manifesté pour les autres, pour l’école, pour les élèves, jamais pour nous-mêmes, pour nos salaires calculés sur dix mois annualisés, sur nos conditions de travail déplorables. Alors ça suffit, on ne réussira plus à nous faire culpabiliser.»

Profsousprozax laisse tomber son verre de vin blanc et se met à pleurer lui aussi. L’assemblée des profs applaudit timidement, excepté ceux qui, au fond, corrigent leurs copies. Ils applaudissent timidement. Ils n’osent pas trop. Ils ont perdu l’habitude d’être fiers.

Après cela, Didactix est choisi pour figurer parmi les délégués qui représenteront la maison des professeurs à l’assemblée générale du village. Il quitte la maison des professeurs et part à la rencontre de Syndicaline. Celle-ci jointe par téléphone portable lui a indiqué qu’elle se trouvait chez son père, occupée à la fabrication de munitions sans donner plus de détails. Didactix a envie de voir ça.

En chemin, il croise des amis qui se rendent dans telle ou telle maison ou qui en reviennent, lui relatant ce qu’il y a été dit. C’est ainsi que Cégétix lui indique que leurs amis Locomotrix, Lignesix, Nationalelectrix, se mobilisent fortement, refusant le chantage dit « des privilèges » ou de « la prise en otage des usagers ».

« Quels privilèges ? » demanda Locomotrix lors de la réunion. Avant de poursuivre sur le fait que si nul salarié n’est prêt à renoncer aux dispositions conventionnelles, aux primes spécifiques et autres « avantages », ou plutôt « des dûs-sociaux », liées aux spécificités de tel ou tel métier, de telle ou telle entreprise, il ne voit pas pourquoi il devrait renoncer aux dispositions en matière de retraites prévues par son contrat de travail. Quant à « la prise en otage des usagers », Lignesix a indiqué que servir le public ne signifie pas accepter d’être asservi par des considérations privées propres à telle ou telle partie du public. À partir du moment où il paye le prix de la grève en y sacrifiant son salaire, la légitimité de l’action est sienne. « Et puis après tout, on ne bloque ni les rues, ni les trottoirs. Si on n’aide pas à se déplacer, on n’empêche personne de le faire. Chacun demeure libre de circuler autrement qu’en se servant de nos services. Les choix possibles restent nombreux. L’habitude du plus pratique n’est pas force de loi.»

Un Cégétix qui doit se rendre dans sa propre maison de quartier où l’y attendent ses camarades Métallurgix, Aéronautix, Carrosserix. Il rapportera à ses camarades ce qu’il a entendu ici ou là et notamment chez Locomotrix et Lignesix. Il leur dira « que les salariés du public sont prêts à défendre leur dû-social, y compris en sacrifiant leur salaire, mais espèrent aussi aider à sauvegarder par leur mobilisation le dû-social du plus grand nombre ».

Cégétix poursuivra d’ailleurs en rappelant qu’après-tout « l’avantage du secteur public n’est pas tant la garantie de l’emploi mais celle de cotisation. Et oui, même s’ils doivent cotiser plus longtemps, ils pourront le faire dans de meilleures conditions que nous puisqu’avec des périodes de chômage parfois très longues et qui touchent beaucoup d’entre nous en fin de carrière, ce sont nos capacités à cotiser dans de bonnes conditions qui sont ainsi menacées. Aussi en défendant leurs droits en matière de retraites, ils défendent également, voir plus encore les nôtres. »

Didactix quitte Cégétix en lui souhaitant de pouvoir convaincre ses camarades et poursuit sa route. Passant aux abords de certaines maisons de quartier ou d’un parc où s’improvise une réunion, il entend des salariés fatigués dire « On cotisera plus longtemps le jour où les rentiers, ceux qui naissent retraités cotiseront un tant soit peu ».

Il voit même certains d’entre eux, au détour d'une rue, commencer à fabriquer des banderoles en vue des futures manifestations. Parmi celles-ci, il y en a une qui attire son attention par son originalité. Des salariés du textile, d’origine chinoise, ont fabriqué une banderole en forme de dragon avec des slogans inscrits sur le flanc de la bête en papier. Un dragon-rouge pour lequel ils improvisent une danse sociale…

mercredi 19 novembre 2008

CHAPITRE 3 MOBILISATIONS (3/4)



Un peu plus loin, voilà que Didactix croise deux vieilles connaissances, Péhèmix et bétépix qui fument une cigarette d’un air détaché, à l’extérieur du pavillon où se tient la réunion de leur fraternité patronale.

« Ben, en voilà des drôles de têtes. Que faites-vous dehors les gars ? » demande Didactix.

« Nous attendons notre tour, cher camarade » répondent en chœur les deux compères, avant de se voir demander par Didactix « pourquoi ne pas attendre à l’intérieur ? »

« Afin d’éviter l’agacement par Lugh ! Tu sais bien comment ça fonctionne dans notre maison des petits patrons » souligne Bétépix.

« À vrai dire, pas vraiment » leur signifie Didactix interrogatif.

« Comment t’expliquer », dit Péhèmix, tout en écrasant sa cigarette. « Voilà ! Lors de nos réunions, chaque groupe prend la parole tour à tour selon un ordre préétabli, le notre intervenant en tout dernier lieu ». Puis il explique ce qui suit.

Le premier groupe conduit par Capitalrix est constitué de faux petits patrons puisque leurs petites entreprises appartiennent à des grands groupes. Ils représentent l’un des nouveaux visages de ceux qui sont au sommet de la chaîne alimentaire économique. Capitalrix affirmera que toutes les entreprises, quelles que soient leur taille, ont les mêmes intérêts, que les grandes entreprises ne sont pas les adversaires des petites mais des alliés face à la mondialisation, que ces grands groupes bien que représentant moins de 10% des entreprises produisent plus de la moitié de la valeur ajoutée et leur fournissent bien du travail. Par conséquent ces grands groupes doivent êtres écoutés quand ils expliquent que la mondialisation implique que les Etats fassent peser le coût de leur modèles sociaux sur les bénéficiaires, les seuls travailleurs. Des travailleurs qui doivent se débrouiller pour leur être utiles en tant que salariés, en forme, bien formés, compétents, efficients, sans que les grandes entreprises n’aient à participer par l’impôt à ce qui permet cela, et utiles en tant qu’enthousiastes consommateurs sans avoir à participer à ce qui permet cela également, que ce soit en termes de salaires ou de pensions. « Fabuleux non ?!? »

Le deuxième groupe est constitué par les poissons pilotes du premier. Indépendants mais coincés entre la concurrence exercée par les grands groupes à l’intérieur et celle des entreprises installées dans les paradis fiscaux et autres enfers sociaux, ils finissent par adhérer au message du premier. Certains étant même heureux de manger les miettes coincées entre les dents des prédateurs économiques. « Nos charges, nos charges, nos gages » ! Et tant pis pour les salariés.

Manger pour vivre ou vivre pour manger, telle est l’une des questions posée par la mondialisation.

Puis il y a le groupe de ceux dont la devise est chacun pour soi. Artisans, chefs de micro-entreprises, ils estiment que tout le monde doit trimer autant qu’ils triment. Chacun sa vie, chacun son petit profit, chacun sa propre prévoyance et tant pis pour la cohésion de la nation.

« Enfin vient le tour de notre groupe », soupire Péhèmix.

Un groupe d’entrepreneurs estimant que la prospérité des uns participe à celle des autres, qui refuse de subir la pression de grands groupes, la pression de leurs intérêts financiers, d’où découlent sous-traitances en cascade, avec pour conséquence le fait que les risques soient finalement assumés par ceux qui se trouvent en bout de chaîne, pour le seul profit des requins de la finance. Une pression synonyme de faibles marges pour leurs petites entreprises, d’une moindre valeur ajoutée pour la nation, de salaires plus bas distribués à leurs salariés, d’une couverture-sociale quasi-absente pour eux-mêmes. Un groupe qui estime que le travail doit être bien plus récompensé que la spéculation et qui dénonce l’internationale des rentiers, qui de toute ethnie, de tous pays, s’entendent par-dessus leurs concitoyens pour défendre leurs seuls intérêts.

Un groupe qui tiendra un tout autre discours en assemblée. Il expliquera, entre autres, que dans une société apaisée et adulte, chacun doit accepter ses responsabilités. Les salariés se devant de reconnaître l’utilité des entreprises et la valeur des entrepreneurs en tant qu’agents économiques. Des entrepreneurs qui doivent assumer quant à eux leurs obligations sociales et fiscales.

« Un discours que tu devines difficilement convaincant surtout s’il vient après la longue série de litanies dites libéralistes », maugrée Bétépix.

« Je comprends », acquiesce Didactix, « c’est pas gagné !»

« C’est pas qu’on désespère car je suis certain qu’un jour, notre conception des choses apparaîtra comme évidente au plus grand nombre, mais en attendant c’est pas plus mal de s’en griller une petite à la fraîche » dit Péhèmix en reprenant une cigarette.

Soudain, un bruit sourd. « C’est quoi ça ! » s’exclame Didactix en se retournant.

« Oh, rien de grave. C’est Dogmatix qui comme d’habitude espionnait les discussions qui se tiennent dans notre maison et qui vient de tomber de son échelle sociale » sourit Bétépix.

« Oui, je vous espionnais et alors », leur sert un petit personnage hirsute portant des lunettes noires et une chemisette à l’effigie du Che. « De toute façon, vous les patrons, on ne peut pas vous faire confiance, toujours prêts que vous êtes à comploter contre les travailleurs. Mais cela changera un jour. Par la revanche de la classe prolétaire, nous renverserons votre dictature infâme ! »

« Oui, je sais, Dogmatix, pour installer la vôtre de dictature, bien réelle cette fois-ci », répond Péhèmix froidement. « On connaît la chanson camarade. Il faudra juste que tu expliques un peu mieux aux gens comment tu réussis à décréter que les patrons ne sont pas des travailleurs, à décréter que je ne travaille pas, comment dans une société ouverte et libérale comme la nôtre, contrairement aux sociétés de castes de type ancien-regime, tu peux continuer à délirer sur la lutte des classes. Que je sache, il t’est possible de devenir fonctionnaire, où la notion d’exploiteur-exploité est toute relative, artisan, profession libérale ou que sais-je encore de totalement libre ou inexploité. Tu peux même devenir patron hyper-sympa, dirigeant d’une coopérative ou cogestionnaire d’une entreprise collectiviste si cela te chante. Que nous n’ayons pas toujours les mêmes intérêts soit, que des gens se regroupent pour défendre des intérêts communs re-soit, mais de là à décréter la guerre permanente me pousse à te conseiller de passer du café à la tisane mon pote. »

« Ben, oui tiens, et si tu remplaçais le drapeau rouge par le thé de même couleur. Il paraît que c’est plein d’antioxydants. Ça te fera un substitut utile à tes drogues anti-occident, non ? », complète Bétépix.

« Ça ne m’étonne pas de vous, bande d’exploiteurs. Nier le pouvoir que vous avez sur vos salariés, c’est tout vous ça ! » répond Dogmatix.

« Un pouvoir, un pouvoir, faut voir ? Car dans une République, sociale y compris, comme la nôtre, on a surtout des obligations et des responsabilités. T’oublies bien vite que notre pouvoir de direction est tempéré par un Code du Travail tout sauf laconique. Un ensemble de lois que je ne rejette pas, mais que je semble à l’inverse de toi, intégrer dans ma réalité. Car vois-tu, mon cher Dogmatix, contrairement à toi, je ne nie ni la réalité, ni mes droits, ni mes devoirs et surtout pas mes responsabilités. Dis-moi déjà, mon petit Dogmatix, quelles responsabilités assumes-tu déjà ? Ne fronce pas le front à ce point, tu vas te claquer un anévrisme. Et oui, mon gars, surtout n’hésite pas à créer ton entreprise histoire de voir ce que ça fait… C’est ça, tourne-nous le dos, va bouder et n’hésite pas à retomber de ton échelle le jour où t’auras autre chose que des malédictions et autres prières marxistes à nous opposer… Il commence à m’énerver celui-là aussi », conclut Péhèmix agacé.

« Eh ben ! il est plutôt rigolo votre petit camarade », s’esclaffe Didactix, en faisant remarquer, au passage, que la porte du pavillon vient de s’ouvrir sur un personnage qui semble les appeler. « Et oui, c’est notre tour d’intervenir » indique Bétépix d’un clin d’oeil. « Bonne chance » lance un Didactix en forme de salutation.

mardi 18 novembre 2008

CHAPITRE 2 MOBILISATIONS (4/4)



Le père de Syndicaline ouvre la porte et indique à Didactix que celle-ci s’amuse dans la cave avec quelques vieilles machines qu’il avait racheté, une fois à la retraite, lors du démantèlement de l’usine dans laquelle il avait travaillé une bonne partie de sa vie. Des machines que Syndicaline adorait tripatouiller quand gamine, il lui arrivait de retrouver son père, après sa journée de travail.

Une fois descendu l’escalier métallique qui mène à la cave, et qui semble avoir été récupéré, lui aussi, dans l’usine défunte, il y trouve Syndicaline occupée à usiner des petites plaques en acier. Une petite pile étant déposée à ses pieds. « Qu’est-ce que tu fabriques alors que tout le village s’agite dans tous les sens ? ».

« Justement un besoin de calme. À vrai dire, je ne sais pas trop. Une impulsion subite m’a fait fabriquer ces petites plaques métalliques où j’y ai gravé des slogans sociaux. Avec l’aide de Constitutionnix, je compte en faire des armes de jet magiques, au cas où, comme dans le dessin animé Catseyes, que j’adorais quand j’étais gamine. »

« Décidément tu seras toujours une originale. Allez, viens, puisqu’en parlant de Constitutionnix, celui-ci nous attend ».

S’enfonçant dans le parc, où Constitutionnix lui a indiqué qu’il s’y recueillerait, Didactix et Syndicaline tombent sur un kiosque à musique où semble se terminer une réunion d’intermittents du spectacle. L’ambiance a l’air houleuse.

La réunion s’est effectivement mal passée puisque après avoir reconnu Staracademix, celui-ci leur raconte qu’il y a eu un clash. Une partie des artistes accusait une autre d’avoir saboté le système de l’intermittence en le rendant illégitime par son parasitage alors que tout un tas d’artistes en ont vraiment besoin. D’avoir saboté le système avec des maisons de productions qui ont fait d’énormes bénéfices en se servant de façon totalement scandaleuse de ce système de chômage. L’intermittence ayant servi, entre autres, à rémunérer des congés payés et des périodes de travail dites « de préparation », que ces maisons de production auraient dû prendre en charge. Un appât du gain et une irresponsabilité qui a parasité puis fini par détruire un juste système de solidarité.

Un clash qui ne s’est pas terminé par des chansons douces mais plutôt par des noms d’oiseaux sur des airs de gansta-rap. Chaque groupe partant de son côté. Du coup, voici les plus fragiles d’entre eux à la merci du Baron Wendelium qui leur chante « vous avez chanté tout l’été…eh bien ! Dansez maintenant ! »

« Nous qui vivions chichement mais heureux, en proposant nos macarons d’amour, deux tranches de voix, une tranche de cœur, nous voilà trahis par ceux qu’on croyait des nôtres et poursuivis par les sbires de l’Empire de Com. Il ne nous reste plus qu’à reprendre la route, histoire de faire contre mauvaise fortune bon cœur » se lamentent Staracademix et son compère Chantecommuncoccyx avant de quitter Didactix et Syndicaline.

Un Didactix et une Syndicaline qui suivent de loin une autre partie de la Bande d’artistes. Bande qui semble se diriger tout comme eux vers le temple où médite Constitutionnix. Un temple situé en contrebas d’une petite butte, par le sommet de laquelle passe le sentier emprunté par nos amis et d’où ils assistent à l’un des rituels propres au village « Intérêt Général ».

La cime de cette petite butte offre en effet une vue parfaite sur la place centrale du village. Agora où siègent les divinités protectrices de celui-ci. Or à certaines occasions, il arrive que les habitants défilent collectivement devant les divinités Liberté, Egalité, Fraternité et déposent sur les autels de celles-ci, des offrandes que l’on appelle « Tax ». Les « Tax » étant des offrandes réellement magiques puisque ce sont les seules offrandes adressées à des divinités, dont on est sûr de revoir une bénédiction en retour. Des bénédictions en termes de biens publics, de services bien concrets et autres bienfaits solidaires.

La place est illuminée de mille torches portées par les habitants. Les statues et les temples sont éclairés d’éclats dorés. La musique semble rythmer les déplacements de la foule. Un bien beau spectacle qu’il leur faut quitter pour retrouver leur bon druide.

Un Constitutionnix qui a été rejoint par les confrères de Staracademix, qui les précédaient sur le sentier. Il s’agit de la troupe de Tanguix et ses 30 copains. Une joyeuse bande de grands enfants qui a déboulé dans le temple, fagotés de camisettes arborant des icônes protectrices telles que Actarus à bord de Goldorax, Capitaine Flaminus, Albatorix, avec des sucettes en bouche ou à la main, tout en chantant « ce matin, un lapin a tué un chasseur ; c’était un lapin qui ; c’était un lapin qui… »

Constitutionnix bien que préoccupé par la suite des événements, les accueille avec sa bonhomie habituelle. « Mes enfants, je vous vois de bien bonne humeur. Voilà quelque chose de fort agréable. »

Tanguix et ses amis voyant bien que le vieux druide est préoccupé, se proposent de le distraire un peu avec leurs chansons. Le vieux druide accepte, oubliant ses pensées et se laissant entraîner par leur bonne humeur.

Une fois le druide rendu joyeux, Tanguix et ses amis demandent au bon druide une histoire, en retour. « Quelle d’histoire souhaitez-vous entendre, mes enfants? »

« Oh, bon druide, s’il te plait, raconte-nous encore une fois l’histoire de notre déesse-mère, Belle France de la République. Après la discussion mouvementée que l’on a eu avec nos camarades, on ressent comme un besoin de retour aux fondamentaux. »

C’est à ce moment-là que Didactix et Syndicaline entrent dans le temple. Saluant leur druide d’un clin d’œil, ils s’assoyent avec les autres afin d’écouter cette histoire dont ils ne se lassent pas.

samedi 11 octobre 2008

CHAPITRE 3 « BELLE FRANCE DE LA REPUBLIQUE » (1/5)


« Puisque tel est votre souhait, je vais vous raconter l’histoire de notre mère sacrée », répond le druide, le regard brillant, tout en caressant sa longue barbe.

« Vous savez tous, que Belle France de la République est née dans des conditions difficiles. En des temps de pourpre, d’encens et de sang, son père, le dieu Fraternité, s’éprit de la déesse Raison. Ils devinrent très vite inséparables, attachés l’un à l’autre par les chaînes soyeuses de l’amour. Ils voletaient, dansaient continuellement. Au cours de leurs danses amoureuses et noosphériques, ils conçurent Belle France. Or le problème est que Raison travaillait énormément à cette époque. Elle passait beaucoup de temps sur les routes à éduquer les esprits. Cela lui valu bien des tracas et même quelques mésaventures stressantes pour une future jeune maman. Fraternité faisait tout son possible pour la soutenir mais lui aussi avait beaucoup à faire en cette époque. Tout cela eu des conséquences sur la grossesse. Les derniers mois furent très difficiles. D’autant plus que le bébé se présentait de façon inhabituelle. L’accouchement fut compliqué et douloureux. Les déesses Liberté et Egalité virent au secours de Raison mais rien n’y faisait. L’enfant ne parvenait pas à sortir. C’est alors en ce mois de juillet 1789, que l’on dut pratiquer une césarienne pour que Belle France voit le jour. Fraternité s'évanouit. Raison perdit beaucoup de sang. On eut peur de perdre la mère mais elle se rétablit peu à peu. Voilà pour sa naissance.

On aurait pu lui souhaiter une enfance plus reposante mais ce ne fut pas le cas. Belle France dû grandir dans le tumulte. Ses parents habitaient une copropriété divine qui portait le nom d’Europe de Vienne. A l’époque la mode chez les dieux était de vivre en collectivité dans des immeubles construit un peu rapidement. C’était un immeuble d’une vingtaine de logements séparés en deux ailes. Une aile Ouest et une aile Est. La qualité de la construction n’était pas géniale. Les cloisons étaient fines et fragiles et l’on entendait tout ce qui se passait chez les voisins. Or à cette époque, ça s’engueulait pas mal. Les temps étaient querelleurs et les crises fréquentes. Ainsi Belle France du grandir au milieu des cris de la collectivité. Elle en retira une tendance facile aux migraines ophtalmiques, la rendant un peu cyclothymique. Cependant, cela ne l’empêcha pas de devenir une belle enfant espiègle, curieuse et intelligente. Puis de devenir une belle jeune femme aux formes généreuses. Une jolie chevelure châtain lui courait sur le visage, soulignant son superbe regard brun.

Son cousin Germain, en pleine adolescence lui aussi, n’arrivait pas à décrocher ses yeux bleus des formes harmonieuses de sa cousine. Le désir brûlait son jeune esprit immature. Il tenta donc de séduire sa cousine. Par contre il le fit comme tous les adolescents mâles, même divins. Chaque fois qu’il la croisait dans les couloirs de l’immeuble, il lui tirait les cheveux. Belle France répondait en lui donnant des coups de pieds dans les tibias et en courant. Néanmoins elle n’était pas dupe. Elle était consciente de l’intérêt que lui portait son cousin. D’ailleurs elle n’était pas insensible à son charme. Pour Germain elle lui semblait complètement déconcertante. Un jour, elle lui souriait. Le suivant, elle le tançait du regard et se moquait de lui. Ce régime de douches calédoniennes (écossaises) finit par agacer et frustrer Germain.

Un soir, blessé et lassé de l’intempérance gallo-romaine de Belle France, Germain, entraîné par des copains fit le tour des bars divins, « Au Walhalla », « chez Ambroisie », « Hydromel Immortel », histoire de noyer son malheur dans le schnaps, entre autres. C’était un soir noir comme le charbon. Alors qu’il rentrait bien imbibé, il prit l’allée des Ardennes et passa ainsi sous la fenêtre de Belle France. Celle-ci n’ayant pas sommeil, regardait par la fenêtre les nouvelles étoiles éclairées au gaz cosmique. Elle était de bonne humeur et voyant son cousin, elle sortit à sa rencontre afin de le saluer. Germain, la voyant arrivé, fut surpris et recula d’un pas mal assuré comme s’il s’agissait d’une réaction instinctive devant cette image obsédante qui le rongeait.

Belle France, bien que joyeuse, remarqua très vite l’état lamentable dans lequel se trouvait son cousin et ne pu s’empêcher de le sermonner vertement. Les reproches de Belle France étaient la goutte de cervoise qui faisait déborder la corne à boissons. Ils résonnaient dans la tête de Germain comme des coups de canon, les questions de la Sainte Inquisition. Pris de folie, Germain se jeta de rage sur Belle France. Il la gifla et commençait à déchirer son chemisier. Belle France se débattait, lui demandant d’arrêter mais Germain n’entendait rien. En lui mordant le petit doigt, elle réussit à se dégager de ses griffes d’aigle. Germain se retrouva un long moment paralysé par la douleur de la morsure et surtout par l’image de sa cousine en larmes, la poitrine dénudée. Belle France pleurait de rage et lui criait « pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? » Elle le giflait, lui tambourinait le torse sans cesse.

Germain revint à lui. Il était en colère contre lui-même, culpabilisant, mais aussi contre cette déesse qui le rendait fou. Il finit par saisir le bras de Belle France qui tentait de le frapper encore une fois et la repoussa violemment, la projetant ainsi à terre. Puis avant même qu’elle n’atteigne le sol, il partit en courrant, pour la fuir. Belle France s’abattit lourdement sur le sol, le bas du dos heurtant un rocher. Elle saigna abondamment. C’est cette nuit là qu’elle perdit l’usage de ses reins.

vendredi 10 octobre 2008

CHAPITRE 3 « BELLE FRANCE DE LA REPUBLIQUE » (2/5)


Ce qu’ignoraient Germain et Belle France, c’est que la scène avait eu un témoin. Un témoins qui avait assisté à tout cela avec un mélange de sentiments. La peur qu’elle ressentît pour eux s’était mêlée à une sorte d’intérêt malsain et à un détachement mélancolique, souvent remarqué chez ce personnage. Il s’agissait de Jolie Princesse d’Avalon, très étrange, à ce que l’on dit. Chose qui lui viendrait de son ascendance. En effet, elle est l’un des rares dieux à avoir du sang elfique dans les veines, contrairement aux autres dieux habitant « Europe de Vienne » qui furent créés par l’être suprême à partir d’essences humaines. Différente des autres divinités, on la craignait ou on l’évitait dans l’immeuble, en même temps qu’on se surprenait à admirer cette beauté d’albâtre. Ce faisant elle se retrouvait ainsi condamnée à vivre sur une île affective, sans pouvoir toucher ni les côtes, ni les cœurs des autres divinités, assistant dans son coin aux amours naissants des autres dieux et au mûrissement des fruits de ces amours.

Bien évidemment, une telle malédiction ne pouvait que produire des frustrations et de la mélancolie. Ce à quoi s’ajoutait chez elle une certaine aigreur et des tentations perfides à l’encontre de ses voisins, aussi noble fut elle par ailleurs. Tout cela détermina, du coup, et alors qu’elle grandissait tout comme les autres jeunes divinités, deux de ses passe-temps préférés.

Tout d’abord voguer sur les océans à la recherche de côtes charnues à caresser et de divinités qui la comprendraient enfin. Ensuite à jouer de ses charmes étranges pour semer la zizanie dans l’immeuble, à chaque fois qu’elle revenait de voyage et s’ennuyait un peu.

C’est donc elle qui assista, à travers la fenêtre de sa chambre plongée dans l’obscurité, aux déchirures amoureuses entre Belle France et Germain. De quoi lui donner des idées.

Suite à cet épisode dramatique, les sentiments entre Belle France et Germain passèrent de l’amour névrosé à la haine avec l’attirance restant pour dénominateur commun entre ses deux sentiments.

Puis vint le temps des études. Germain partit dans une Académie militaire comme beaucoup de jeunes dieux de son époque. Belle France choisit quant à elle de faire des études d’ethnologie ethnocentriste, assez en vogue, aussi à l’époque. Aussi ils s’évitèrent pendant quelque temps.

A la fin de leurs études, ils revinrent dans l’immeuble familial. Jolie d’Avalon qui s’ennuyait ne trouva rien de mieux que d’organiser une petite soirée spéciale voisinage sur le thème du Maroc. Elle profitait de l’absence de tous les parents qui étaient partis faire de la randonnée pédestre chez oncle Zeus dans le mont Olympus. Tous les jeunes dieux acceptèrent. Rendez-vous fut donné ver 19 heures. Le point de rencontre était l’appartement de Jolie d’Avalon mais consigne était donnée de laisser toutes les portes d’appartement ouvertes histoire de pouvoir déambuler dans les couloirs et les appartements de tous les dieux Bien évidemment Belle France et Germainn qui ne s’étaient pas revus depuis longtemps, furent invités. Par conséquent ça na pas raté !

A 19 heures tout le monde était presque arrivé. Il ne manquait plus que Belle France. Elle arriva à 19H04 aux bras de Romain qui s’était laissé convaincre par elle de venir. Le sang de Germain qui méprisait Romain ne fit qu’un tour. Son humeur vira au très sombre. Le sang lui battait les tempes et les joues au point que les cicatrices de son visage, qu’il avait gagnées lors de duels de lames à l’académie, s’ouvrirent. Son visage se couvrit de sang bleu.

Romain se sentit gêné pendant que Belle France regardait Germain avec mépris. Le regard torve de Belle France cinglait le cœur de Germain. Jolie d’Avalon se délectait de ce spectacle tout en conservant le masque de l’indifférence. Germain ne tint pas longtemps. Il se rua sur le couple de circonstance, éjecta Romain d’un violent coup d’épaule et gifla Belle France tout en la traitant de « salope ! »

Celle-ci encaissa le coup sans broncher puis lui décocha un violent coup de pied retourné, sauté en pleine mâchoire qui envoya Germain s’étaler tête la première sur un beau canapé cuir fait par Weymar, un esprit au service des dieux. Le cuir se déchira. La stupeur fut générale. Belle France avait appris le Viet Vo Dao, un art martial, lors d’un voyage chez des divinités indochinoises. Germain sortait la tête du canapé le souffle coupé tout comme Belle France qui s’était froissé un muscle en donnant son coup de botte sécrète. Eh oui ! Même les dieux ont besoin de s’échauffer correctement avant un combat. Il était 19H29. Le tumulte de l’appartement avait gagné les couloirs de l’immeuble et Belle France ainsi que Germain retrouvaient leurs esprits.

Jolie d’Avalon se trouvait un peu gênée par cette situation hors de tout contrôle. Elle ne sauvait que faire. Le tumulte s’étendait de minute en minute.

Germain insultait à tout va, provoquait tout le monde en duel. Il entra dans une colère brune quand quelqu’un lui déchira sa jolie veste de chez Dantzig. Il ne savait qui avait osé lui déchirer son beau costume d’apparat. Il lui fallait du coup se défouler sur quelqu’un. Il trouva rapidement sa victime.

Benlevy, un grand esprit, serviteur de l’être suprême s’était gentiment proposé d’apporter de la musique et des spécialités orientales. Germain le voyant arrivé se déchaîna sur Benlevy, qu’il détestait pour ses qualités, sans que Benlevy n’ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait.

Germain enchaîna les coups de titans entraînant Benlevy dans le couloir. Les coups étaient terribles. Ils résonnaient comme du cristal que l’on déchire. Personne n’osait s’interposer. Chacun cherchant plutôt à éviter les éclairs que Germain lançait tout autour de lui. Germain laissa Benlevy gisant dans le couloir, quasi anéanti.

Sa rage n’étant pas tarie, il retourna dans l’appartement de Jolie d’Avalon s’attaquer à tous en même temps. D’où pouvait provenir cette fureur démentielle. D’une main, il tenait Belle France par la gorge. L’autre main s’abattait sur tout le monde. Jolie d’Avalon couru alors vers la fenêtre et appela les voisins de l’immeuble d’en face à l’aide. Ceux-ci se réveillèrent et s’apprêtaient à intervenir.

Alors que les cris devenaient des rugissements et que les éclairs de Germain secouaient jusqu’aux fondations de l’immeuble, l’inattendu se produisit.

Tous les parents étaient partis chez oncle Zeus, sauf la grand-mère qui était restée alitée suite à une surprenante rougeole. Il s’agissait de grand-mère Parouskaya qui habitait l’aile Est de l’immeuble. Elle fut réveillée en plein sommeil réparateur par tout ce tumulte en même temps que se réveilla avec elle son caractère ursidé. Aussi elle partit rouge de colère, corriger tous ces jeunes dieux irrespectueux, après avoir pris son bon gros rouleau à pâtisserie.

Germain s’agitait encore comme un vilain diable. Le voyant, elle se rua sur lui et lui molli les genoux d’un bon coup de rouleau à pâtisserie. Les voisins des immeubles alentour arrivèrent eux aussi. Tous ensemble, ils calmèrent le Germain. Fin du drame.

jeudi 9 octobre 2008

CHAPITRE 3 « BELLE FRANCE DE LA REPUBLIQUE » (3/5)


S’en suivirent de grandes discussions afin de dénouer les malentendus et pacifier la situation. Des divinités guérisseuses soignèrent tout ce divin monde. L’une de ces divinités guérit même lors de cette occasion, grâce à une nouvelle technique, les reins meurtris de Belle France qui en récupéra l’usage.

Germain dessaoula peu à peu. Au fur et à mesure qu’il prenait conscience de ses actes, sa conscience protesta si fort qu’il faillit en être brisé de culpabilité. Il ne savait pas comment faire pour réparer tous les méfaits monstrueux qu’il avait causés. Ses yeux s’embuaient et on put le voir tomber soudain aux pieds de Belle France, lui implorer son pardon, lui dire qu’il l’aimait à en haïr tout le reste du monde, qu’il n’avait jamais voulu lui faire du mal. Germain pleurait. Belle France fondit elle aussi en larmes. Le médaillon protecteur qu’elle portait autour du cou, qui renfermait l’esprit de l’orgueil latin, s’ouvrit et laissa s’évanouir une petite nuée magique. Belle France s’avouait enfin les sentiments qu’elle avait pour Germain. Ils tombèrent l’un dans les bras de l’autre, se confondant en excuses et en baisers. Décidément, entre eux deux, c’est fusionnel.

Quelque temps plus tard, nos deux tourtereaux décidèrent de s’unir devant les aïeux du Panthéon indo-européen. Pour célébrer la noce, ils choisirent l’oncle Vulcain, le dieu du charbon et de l’acier. La cérémonie fut sobre mais émouvante.

Dans son coin, Jolie d’Avalon était heureuse que cela se finisse ainsi mais si elle vivait encore plus mal son isolement affectif. Elle n’avait même plus de nouveaux horizons marins à explorer afin de compenser un peu. Ce faisant, elle restait toute la journée enfermée dans son appartement. Elle s’occupait de moins en moins du peuple humain dont elle était l’esprit tutélaire. Elle laissait son jardin à l’abandon. Ses pommiers étaient beaucoup moins chargés en fruits goûteux. Elle restait là à observer l’amour fertile des autres divinités et surtout celui de Belle France et Germain. Des enfants issus de leur union s’incarnaient chez les deux peuples dont ils avaient la garde. C’est ainsi que l’aigreur reprit progressivement le contrôle de l’esprit de Jolie d’Avalon dans lequel s’esquissait déjà des stratagèmes de zizanie.

Fort heureusement cela n’échappa à aucun observateur attentif et surtout pas à nos deux amoureux. Alors qu’ils discutaient, après un moment intime, des événements passés, ils se demandèrent ce qu’ils allaient bien pouvoir faire de jolie d’Avalon. Il devait bien y avoir un dieu avec qui la caser. Elle était quand même loin d’être vilaine et il devait bien y avoir une solution à sa malédiction, se disaient Belle France et Germain. Nos deux complices se regardaient tout en réfléchissant à la question.

Soudain, un éclat coquin éclaira simultanément leurs deux regards. « Ça pourrait être sympa », se dirent-ils. Et ni une, ni deux, Belle France et Germain s’en allèrent voir Jolie d’Avalon pour lui proposer un plan à trois. Nos deux amants avaient déjà tout essayé en sexualité divine à deux et Belle France avouait avoir rêvé à plusieurs reprises qu’elle mordillait les petits seins durs de Joli d’Avalon. Elle imaginait l’odeur ambrée de son intimité. Germain, lui, s’avouait excité par cette beauté froide, par son port altier, une certaine fragilité, sa chevelure délicatement rousse et surtout sa peau étonnement blanche, un blanc fluorescent comme du lait de licorne. Il rêvait de la caresser longuement et de la dégeler sous les coups de boutoir.

Jolie d’Avalon resta bouche bée. Elle rougissait vivement à mesure que sa bouche se refermait. Elle ne su pas quoi répondre. Personne n’avait jamais osé l’aborder ainsi. Belle France ne lui laissa pas le temps de se perdre dans son trouble. Elle s’approcha d’elle, lui caressa le visage puis ses longs cheveux jusqu'aux seins sur lesquels elle s’attarda délicatement.

Jolie d’Avalon frissonna sans pouvoir se contrôler et se laissa entraîner dans son propre appartement par nos deux amoureux.

Mes enfants, la suite fut d’un rare torride. Je vous laisse d’ailleurs imaginer cette suite. Le ménage à trois se mit en place. On créa même un passage entre l’appartement de notre couple et celui de Jolie d’Avalon qui gagna en joie de vivre.

Néanmoins elle se savait inféconde. En l’état actuel des sciences supranaturelles et divines, elle ne peut pas avoir de descendance. Ceci explique que parfois encore, ses vieux démons la saisissent, et qu’elle offre alors à Belle France et à Germain de grandes crises de nerfs ou de jalousie. Toutefois notre couple s’y est habitué. Voilà mes enfants», conclut Constitutionnix.

« Houa ! Oh ! Quelle histoire ! » S’exclament Tanguix et ses amis. Merci beaucoup constitutionnix.

« Nous aimerions bien savoir comment tu peux être au courant de tout cela mais je suppose que tu ne diras rien à ce sujet » conclu Tanguix.

« Tout juste mon jeune ami ! » ponctue le druide.

mercredi 8 octobre 2008

CHAPITRE 3 « BELLE FRANCE DE LA REPUBLIQUE » (4/5)


Ils continuèrent après cela à discuter pendant un certain temps, jusqu’au moment où les sucettes et autres friandises leur vinrent à manquer. Ce fut le moment où ils retournèrent se coucher après avoir saluer respectueusement Constitutionnix.

Constitutionnix décide lui de rester encore quelques instants tout seul, pensant à la beauté de Belle France de la république.

Puis il se retire pour tenter de dormir un peu. Un échec. Pas moyen de se débarrasser de cette boule au ventre qui le tenaille. Rien n’y fait. Il sent des mauvaises ondes en trop grand nombre. Il sent les forces de Dark Speculator grandir et ses armées gronder dans les entrailles boueuses des terres du fief du Baron Wendelium.

Il a raison car la tourbe froide du côté d’Argentocrate et de Devisesdurum va bientôt lâcher sa fureur. Vont-ils pouvoir y résister ?

Pendant la nuit, qu’il aura fort agitée, Constitutionnix connaîtra toutefois un court moment de bonheur. Dans un bref rêve, Belle France vient lui déposer un doux baiser sur le front, en lui disant que seul le voyage compte, de faire ce pour quoi nous somme faits et qu’il ne doit pas s’inquiéter pour le reste. Cette douce apparition calme un peu son sommeil turbulent, mais malheureusement ce n’est que trop peu. Ses entrailles se tordent et le brûlent. Il n’est pas le seul.

Pendant cette nuit, Staracademix fait lui aussi trois rêves étranges.

Il rêve d’abord d’un plateau parsemé de monticules de pierres, des gros et des petits. Des gens vont et viennent prenant des pierres dans les petits monticules pour les placer sur les gros tas de pierres.

Il rêve ensuite d’une plaine parsemée de tertres aux reflets dorés. Ces tertres se transforment en tas de fumiers nauséabonds et purulents où se mettent à pousser subitement de magnifiques fleurs.

Il rêve enfin d’une vaste prairie ensemencée de blé. De superbes gerbes en sortent et grandissent jusqu’à ce qu’une nuée de criquets s’abattent dessus. Alors qu’ils ravagent les champs de blé, de grands et majestueux corbeaux blancs fondent sur les criquets et les dévorèrent tous.

Staracademix se réveillera en sursaut à la fin du troisième rêve pour ne plus fermer œil de la nuit tant il cherchera une explication à ses songes.

La nuit se passe ainsi. Au matin, le Soleil réussit péniblement à déchirer les coutures de l’horizon. Accompagnant du regard ce geste solaire, Constitutionnix sent se rependre, de derrière le rideau nocturne, des vibrations maléfiques. Des vibrations qu’il reconnaît très vite. « Non, pas elle ! » s’écrie-t-il.

BadBercix le Grix, sûr de lui et sans même attendre la bataille, vient de sortir de sa Manche, nom que porte son chaudron magique, un joker supplémentaire. À l’évidence, il s’est allié avec la très vilaine sorcière aux tâches de roussi sur la figure. Il s’est allié avec Thatcheria la Vilaine, fille de Mordred le Grizoux, le mauvais esprit de la Tourbe des brumes.

Constitutionnix comprend maintenant le malaise de la nuit passée. Son corps avait voulu le prévenir de cette redoutable présence. C’est que Tatcheria la Vilaine a déjà de grands passifs à son actif. Elle a semé la calamité dans les terres de brume. Telle une vulgaire sauterelle, Tatcheria la Vilaine a ravagé les pommiers du joli jardin de la princesse Avalon.

Contitutionnix voit la scène comme s’il y était. Thatcheria la Vilaine s’approche de BadBercix en psalmodiant de sa voix de vieille sorcière, les yeux exorbités, sa vieille rengaine « brisez-les, cassez-les ! Cassez-les, brisez-les ! Et laissez-les pourrir sur la grève ! »

Au même moment, à quelques lieues du village, dans une morne plaine jusque là joyeuse, retentit le son du cor de Monseigneur le Bossu du Poitou, ce qui alarme les vigies de notre bon village.

Des armées pleines de hargne, chauves et droites dans leurs bottes sortent du fort « Fondepensium » et s’avancent en ordre de bataille. Aux premiers postes se dressent leurs étendards. Deux d’entre eux impressionnent plus particulièrement nos amis, partis en reconnaissance avec les vigies du village.

Celui de Monseigneur le Bossu « d’azur bretessé au Blinky de gueules » (bleu maison, crénelé sur les bords, décoré d’un vilain fantôme-pacman rouge).

Celui du Baron Wendelium stupéfie Constitutionnix. A l’évidence, le Baron a réussi son pari. Aux premiers postes s’élève en effet l’étendard « de gueules à trois marteaux d’or » (trois marteaux d’or sur fond rouge). Ni plus, ni moins que l’étendard maléfique fabriqué par les filles des forges. Un fléau d’armes horrifique qui ne demandait qu’à être réveillé et qui demande maintenant à boire du sang vigoureux et pas trop cholestérolique de travailleur.

L’étendard maléfique, Thatcheria, Televisium occupé, cela fait décidemment beaucoup trop. Par-dessus tout ça, le village qui se trouve désormais cerné, isolé, et Constitutionnix qui n’a plus tous les ingrédients nécessaires pour préparer la potion magique. Une catastrophe. Sans oublier que ses pouvoirs magiques sont encore bien trop diminués pour tenter quelque chose. Il culpabilise...

lundi 6 octobre 2008

CHAPITRE 3 « BELLE FRANCE DE LA REPUBLIQUE » (5/5)


Didactix, sentant l’état de son vieil ami, lui demande, histoire de lui occuper l’esprit, de leur confectionner un bel étendard magique pour eux aussi. Par chance, cette idée plait à Constitutionnix. Il se sent de nouveau utile. Ils rentrent alors au village et Constitutionnix se met en quête des ingrédients nécessaires pour concrétiser son idée.

Pendant ce temps Syndicaline et Didactix décrivent la situation de crise à tous leurs camarades. Suite à quoi, on s’active avant de se retrouver autour de notre bon druide pour assister à la naissance de l’étendard magique.

En guise d’ingrédients, Constitutionnix demande à Germinalix de lui procurer du charbon sacré de l’Est, du charbon ayant reçu les pleurs et le sang des mineurs. Se sera chose faite. Il demande à Métalurgix de lui fournir une serpe en inox et un flacon d’essences de sueur ouvrière. Ce sera chose faite. Agricultrix ayant toujours avec lui des amphores remplies de terre bénite, de la bonne terre rousse des champs Parisii, il lui en offre une pleine amphore. Plus que le lin sacré tissé par les petites mains des fées de la grande forêt et presque tous les ingrédients de l’étendard magique seront réunis.

Malheureusement personne dans l’assemblée ne dispose de lin sacré. Malheur ! Il manque l’ingrédient essentiel, le tissu vivant pour l’étendard. Comment s’en procurer ?

Constitutionnix cherche une solution. La foule fait de même. Mais le temps passe sans qu’aucune solution n’apparaisse. Alors que le feu sous le chaudron magique s’affaiblit et que le regard de Constitutionnix s’assombrit, voici qu’à l’une des extrémités de l’assemblée, on s’agite.

Constitutionnix, Syndicaline, Didactix et d’autres camarades tournent leurs yeux vers le lieu d’où provient le tumulte. Mais ils ne distinguent que les premiers rangs d’une foule impatiente. Cependant l’agitation se rapproche. Ils distinguent maintenant comme un frémissement au-dessus des têtes. Oui l’agitation se rapproche.

Soudain, nos amis doivent baisser les yeux. Un puissant halo de lumière enveloppe les premier rangs. La foule s’ouvre alors pour laisser passer comme une nuée de lumière floconneuse. Après que les yeux se soient habitués, ils peuvent voir qu’une colonne composée d’une centaine d’infirmières se trouve là, devant eux. Elles portent sur elles des blouses tissées avec du lin sacré.

Didactix reconnaît Blousedhermine, une amie d’enfance, qui dirige la colonne avec trois de ses copines, blousecoquine et Blousalbine. Sans mot dire, elles s’approchent du druide et dignement otent leurs blouses. Nues, elles tendent leurs habits sacrés à Constitutionnix. Ce qu’elle peuvent être sublimes, posant ainsi. De dignes filles de Belle France de la République. Même sans blouses, les nuées de lumière les enveloppent encore.

La foule est totalement hypnotisée, subjuguée par ce spectacle comme si elle etait le témoin d’un mystère osirien, d’une cérémonie réservée à de très hauts initiés. Didactix émerge le premier de cette stupeur collective. Il lance alors à l’assemblée un vibrant ; « camarades ! Haïe d’honneur ! Bas les yeux ! Un genou à terre ! »

La foule s’exécute respectueusement comme Moïse devant le buisson ardent. La colonne d’infirmières repart ainsi, sans mot dire, le port altier, drapée dans la même lumière qui les avait accompagné à l’aller, dans le seul bruissement délicat de leur pas caressant le sol et de leurs cuisses qui se frôlent.

Blousedhermine, Blousecoquine et Bloualbine ferment la marche comme elles l’ouvrirent. C’est alors que Didactix ne peut réprimer plus longtemps un bref regard sur ces buissons aussi ardents que sacrés. Nos trois vestales, non vierges, de Belle France le remarquent. Didactix s’attend à être transformé en statue de sel. Mais au lieu de ça, elles le saluent d’un sourire coquin accompagné d’un petit clin d’œil. Un frisson parcourt l’échine de Didactix, un frisson source de rougeurs et raideurs.

Constitutionnix prend enfin, tous les ingrédients et remercie humblement ses amis. Il les fusionne tous dans son chaudron magique. Après les incantations d’usage, sort du chaudron un bel étendard.

Chaque étendard magique naît comme un esprit dans l’univers des puissances divines. Il naît avec sa volonté propre, ou plutôt avec la volonté profonde de ceux qui l’ont désiré et avec des pouvoirs liés à sa personnalité.

Tout le village assiste à la naissance du bel étendard. Il nait du chaudron et en s’étirant révéle son visage. Tout le monde rit de bon cœur en le voyant. Tout le monde reconnait sa paternité et s’attache instantanément à lui. Il passe de bras en bras. On le caresse tendrement. On lui chante des chansons. C’est l’étendard « de sable au poing fermé et au majeur triomphant de gueules » (Un beau doigt d’honneur rouge sur fond noir).

Lignesix et Locomotrix se proposent de porter les premiers, dés cette journée, l’étendard du village au devant de Blinky. Après une journée de marche, ils arrivent sur le terrain des basses manœuvres de Monseigneur le Bossu, alors que le soir pointe son nez ivre à l’horizon.

Une fois face aux positions missionnaires de l’ennemi disposé en ailes écartées, ils hissent leur grand étendard. Celui-ci se gonfle du souffle du soleil couchant. Notre bel étendard s’emplit de vermeil ainsi que d’une fierté auréolée de gloire. L’étendard en bombant sa voile grandit de plusieurs mesures au point que nos amis commencent à plier sous sa stature.

En réponse, le Blinky de l’étendard adverse, portée par les avant-postes, montre ses crocs. Ses babines se crispent un temps puis tremblent. Il se trouve mis au majeur par notre étendard et cela la trouble. Le trouble l’emporte. Il se met à rire d’angoisse puis baisse la tête, en proie au doute. Les avant-postes voyant leur étendard la mine défaite perdent de leur superbe. Puis une rumeur se lève et se propage, telle une Ola, jusqu’au camp où se bâfre l’état major de Démagogix.

Au son de la rumeur, sans même comprendre ce qui se passe, l’état major frissonne de peur. Un doute les secoue. La fureur du couard les saisit. En bons couards, ils tremblent frénétiquement. Leurs couronnes dentaires éclatent sous les claquements de dents. Leurs implants capillaires tombent sous le stress. Leurs pacemakers jouent de la boite à rythme. Ils jouent le grand air de la « tachycardie. » Agrippés à leurs maroquins, ils attendent que le sortilège cesse…

jeudi 11 septembre 2008

CHAPITRE 4 « LES FILS DE LLOEGR » (1/5)


Thatcheria entre dans la pièce où se tient l’assemblée atteinte de tremblante. Elle y entre courbée tout en jetant un regard affligé sur cette assemblée. Elle a vite compris la situation, un peu comme si elle revivait un lointain souvenir. Se redressant, elle tend ses mains griffues vers eux, les caressant, les rassemblant dans l’ombre portée de ses serres de vieille corneille carnivore. Ouvrant son bec de collagène, elle s’adresse à Monseigneur le Bossu en des termes qui se veulent rassurants.

« Monseigneur, ne crains pas la rumeur populacière. Hisse donc tes drapeaux et abats ta colère sur la nuque de tous ces renégats. Je te le promets, écoute-moi ; la victoire est à toi si tu procèdes comme mes ancêtres, les fils de Lloegr (ancien nom donné aux tribus anglo-saxonnes avant de devenir les Anglais après la conquête de l’île des Bretons). »

Se dirigeant vers toute l’assemblée, d’un ton sec comme un claquement de bec elle leur dit : «Avez-vous déjà entendu le son des nobles noms de Henguist et Horsa, ces deux fiers rois, sortis de ventre de Lloegr ? Non ! Dans ce cas écoutez comment mes pères ont posé le joug sur le cou bovin des viles Kymri (Bretons) et de tous les autres ruminants de l’île de Bretagne. »

Les regards sont interrogateurs. Quel rapport peut-il bien exister entre la conquête de l’île de Bretagne par les Anglo-saxons et la réaction houleuse des habitants d’Intérêt Général au projet de reforme du système des retraites ? Thatcheria prend une chaise où elle s’assoit avant de déclamer ce qui suit.

« Il y a de ça quinze siècles, le pleutre Vortiguern, roi des Kymri, s’allia aux premiers Lloegriens qui débarquaient sur l’île de Bretagne afin de mener une guerre contre les Pictes (tribu d’Ecosse). Grâce à cette alliance, il gagna sa guerre avant d’en perdre une bien plus importante. En effet, en échange de son aide, le noble Henguist, roi lloegrien, obtint du pleutre Vortiguern, deux choses. Primo, un promontoire sur la côte Est de l’île où Henguist allait bientôt installer un fort imprenable qui lui servirait de tête de pont à ses projets d’invasion. Deusio, les services du plus grand artisan de l’île de Bretagne, ceux de Gwyar le mélancolique. Gwyar appartenant à Vortiguern, il le céda à Henguist qui connaissait la réputation de ce grand artisan, celle de celui qui était capable de donner vie à des armes magiques ou à des chaudrons enchantés. Tout en livrant Gwyar à son nouveau maître, Vortiguern expliqua à Henguist qu’il ne devait jamais offenser le plus grand des forgerons, ni le brusquer dans son ouvrage, faute de quoi il n’obtiendrait rien de bon de ce fier artisan.

Henguist suivit le conseil de Vortiguern. Toutefois Gwyar, qui se languissait de son clan, n’avait pas le cœur à l’ouvrage. Il fabriqua bien quelques magnifiques pièces, mais cela était loin de contenter Henguist. Celui-ci chercha alors un moyen de faire oublier à Gwyar le souvenir des siens et de son pays. Après y avoir réfléchi, il décida d’emmener Gwyar de l’autre coté de la mer, dans les terres de tourbe qui avaient vu naître les Lloegriens.

Là-bas, il lui fit construire une magnifique forge mais surtout il lui donna pour épouse l’une de ses cousines, Olga la rousse, l’une des plus belles femmes du clan. Il espérait ainsi distraire l’esprit mélancolique de Gwyar et lui faire oublier le destin des armes que le forgeron usinerait ; le massacre des siens. Un échec puisque les bras de Gwyar demeuraient lourds de nostalgie. Un échec jusqu’à ce que Olga la rousse lui donna un fils. Cet enfant le rendit plus leste mais pas assez au goût de Henguist. Gwyar passait en effet beaucoup de temps avec son fils, à qui il avait donné un prénom Kymri, Melgwin. Gwyar lui enseignait ce qu’il appelait les trésors de l’enfance, lui montrait les soi-disant joyaux de la vie, les secrets de la nature ; des fadaises de Kymri. En grandissant, Melgwin reçu surtout de son père son art, une chose qui plut à notre roi Henguist, à plus forte raison qu’il sentait également grandir dans le cœur de Melgwin quelque chose qui échappait à son père Breton, à savoir la force du sang lloegrien transmis par sa mère...

mercredi 10 septembre 2008

CHAPITRE 4 « LES FILS DE LLOEGR » (2/5)


Pendant que Melgwin grandissait, notre grand Henguist trouva la mort en Bretagne. Horsa, son fils, reprit alors le flambeau de la conquête de ce qui devait devenir notre île. Un flambeau que Horsa reprit avec plus de force encore que son père. Or pour ce faire, il lui fallait des armes à sa taille mais également à celle de ses fiers compagnons. Aussi, avant de partir vers l’île de Bretagne venger la mort de son père, Horsa exigea de Gwyar qu’il lui fournisse beaucoup plus d’armes. Il les voulait pour son retour afin de préparer la prochaine campagne. Gwyar n’en fit rien. À son retour de Bretagne, un juste courroux se réveilla dans le cœur d’Horsa. C’en était assez !

Sa tante Camilla, à la tresse dorée, remarquant son état lui offrit le conseil et la douceur de ses cuisses. Horsa apaisé conçut un beau projet. Il décida d’empoisonner cet inutile de Gwyar et de faire croire à son fils Melgwin que des druides kymri avaient traversé la mer pour tuer son père afin qu’il ne respecte pas sa parole.

Le trouble et la colère voilaient désormais le cœur du jeune Melgwin. Horsa put ainsi lui demander ce qu’il n’obtenait pas de Gwyar, et plus précisément sous la forme d’un défi que son sang lloegrien de quinze ans ne pouvait pas refuser.

En échange de 1000 épées invincibles qu’il devait produire en 20 ans, il lui promettait 100 vierges lloegriennes, aux grands yeux bleus et aux longs cheveux de soie.
Contre 20 chaudrons inépuisables, à produire en 10 ans, il recevrait le poids de toute sa famille en or.
Enfin, s’il lui fournissait 10 talismans d’invulnérabilité au cours de dix autres années, il pourrait choisir soit de gouverner avec Horsa le royaume de Bretagne soit 30 années de repos absolu, pendant lesquelles tous ses désirs ainsi que ceux de son clan seraient satisfaits. Par contre, il devait faire son choix avant de débuter son dernier travail.

Ainsi, Melgwin s’enferma nuit et jour dans l’atelier de son père, développant son art chaque jour un peu plus. Il produisit, au cours des deux décennies prévues, les 1000 épées aussi invincibles et mordantes que les dents d’un dragon. En récompense, il reçut les cent vierges promises. Les noces durèrent toute une année, année au cours de laquelle il put honorer ses épouses et se reposer de vingt années d’un bon labeur.

Puis il s’attela à son oeuvre suivante. Jour et nuit, il s’acharna à fabriquer les 20 chaudrons promis. Pendant ces dix années naquirent également et grandirent ses 100 enfants, 50 fils et 50 filles. Une bonne chose pour Melgwin et pour nous autres Lloegriens, car la mauvaise pour lui était que le jour où les 20 chaudrons furent livrés à notre roi Horsa, le corps de Melgwin craquelait déjà. Les faiblesses de ce qu’il y avait en lui de Kymri se révélaient. C’est ainsi que Melgwin choisit en échange du dernier travail, la fabrication des 10 talismans d’invincibilité, 30 ans de repos absolu.

Et pour exécuter son dernier travail, il décida de prendre avec lui, dans son atelier, ses 50 fils. Il leur enseigna son art et tous ensemble, ils tentèrent de fabriquer les 10 talismans d’invulnérabilité. Péniblement, à force de sorts, d’efforts et de sueur, ils les façonnèrent. Au bout des 10 années, les 50 fils de Melgwin sortirent de l’atelier, la face affreuse, certains d’entre eux portant à bouts de bras parfois brisés les précieux talismans. Melgwin venait quant à lui de périr, le marteau à la main. Ses fils, ridés, brisés, avaient vieilli de 50 ans, en dix ans de forge.

Le roi Horsa, à la longue barbe désormais, sourit en les voyant sortir. Il ordonna à cette occasion que les cinquante filles de Melgwin soient distribuées aux plus vaillants de ses guerriers. L’île de Bretagne serait bientôt conquise en même temps que se tarirait le sang de Gwyar, le plus grand artisan Kymri de tous les temps. »

mardi 9 septembre 2008

CHAPITRE 4 « LES FILS DE LLOEGR » (3/5)


Thatcheria termine ainsi cette histoire. Drôle d’histoire. L’assemblée émerge d’ailleurs du récit franchement hébétée. Girondix, dit Monseigneur le Bossu, regarde même Thatcheria avec un air tout penaud. Après un long silence, n’en pouvant plus, il lui demande la morale de l’histoire.

« J’en étais sûre » dit-elle tout en le cinglant d’un éclair rétinien on ne peut plus méprisant. Puis se calmant, elle lui assène, «si tu veux faire produire, si tu veux l’or qui transpire du sang et de la sueur des gueux, mets-y trouble et colère et promets-leur l’or et le repos qu’ils n’auront jamais. Il y a cent ans, cette histoire était encore connue. Alors que la canaille réclamait de l’or et du repos, on le lui promit à 65 ans. C’est ainsi que la canaille marcha au pas sans comprendre que peu d’entre eux vivraient jusqu’à cet âge. Maintenant qu’ils vivent assez pour prendre notre or et notre temps, mettons le trouble dans leur cœur, divisons-les, montons la barre plus haut pour qu’ils n’aient pas le temps de profiter de nos trésors. »

Monseigneur, tout fier d’avoir enfin compris, à l’inverse de ses collaborateurs dont l’air niais persiste encore, se redresse et lance à son Etat major, « Tout le monde au travail ! Rhétorix, préparez-moi donc une bonne glue verbale, de celles qui nous permettront d’endormir l’opinion ! Que tout le monde soit prêt à attaquer ! Que les diffuseurs du bourg Televisium se tiennent parés à lancer les obus de glue verbale dés qu’elle sera prête ! Au travail Rhétorix et Directeurdecabinex ! Au travail, nom de Dieu ! »

« Au travail », facile à dire. Rhétorix et Directeurdecabinex n’avaient pas la moindre idée de ce qu’ils devaient faire. Pour tout dire, ils tremblotaient encore un peu rien qu’en pensant aux ondes dégagées par l’étendard du village Intérêt Général et à la réaction apeurée de leur totem Blinky.

Prenant les choses en main, Vendesassurancestoutrix se lève et lance en direction de Girondix le bossu, « Monseigneur, vos collaborateurs font preuve d’une attrition intolérable. Vous ne pouvez tolérer une attitude aussi déceptive. Laissez-moi faire. Mes hommes sont beaucoup plus pushy. Ce sont des HP (High potentials) dotés de KFS (Key factors of Succes). Je suis certain qu’avec mon équipe nous conceptualiserons une idée impactante qui scotchera le camp adverse. Confiez-moi cette mission et sous peu vous aurez de quoi répondre à l’attaque des vilains du village. Promis, je vous contacte ASAP (As Soon As Possible) ».

Rhétorix, Directeurdecabinex et les autres restent bouches bées devant autant de talent. Il est vrai que Vendesassurancestoutrix passe pour être l’un des officiers les plus brillants de Girondix. Sorti des bancs d’élevage ostréicole des écoles de COM, on le disait particulièrement intelligent. D’aucuns prétendant même que cette tête de Com serait capable de réfléchir sans bouger les lèvres.

Monseigneur accepte la proposition de Vendesassurancestoutrix mais souligne toutefois que la réalisation de cette mission est TTU (Très très Urgente). Vendesassurancestourix répond avec un sourire commercial, accompagné d’un : « Promis Monseigneur ! dès qu’esquissée, je vous transmets un pitch (bref énoncé) du projet, puis je vous forwarde notre Reco (recommandation) complète. A ce moment-là, on tache de se voir en one-to-one (seul à seul) afin de peaufiner le tout ». Vendesassurancestoutrix se lève et part sur le champ.

48 heures s’ensuivent pendant lesquelles les deux étendards se font face. 48 heures à l’issue desquelles le fauve commercial atteint ses zobjes (objectifs).

S’inspirant de l’histoire de Thatcheria et avec l’aide de ses High Potes (Variante française de HP), principalement Mademoiselle Vaseline, une copine commerciale travaillant pour un grand groupe pharmaceutique, Vendesassurancestoutrix fait mettre au point une nouvelle drogue commerciale. Le Win-Win. En fait le Win-Win (gagnant-gagnant) donne toujours le sentiment d’être gagnant même lorsque la défaite est cuisante. Il s’agit d’un opium commercial agissant puissamment sur le système endocrinien. Une fois absorbée, le sujet contaminé sécrète des endorphines en masse, ce qui le met dans un état commercialement euphorique. Il est prêt à tout entendre, tout admettre et tout signer. Une bonne glue verbale aussi efficace avec le client, l’opinion, que les « partenaires » sociaux.

dimanche 7 septembre 2008

CHAPITRE 4 « LES FILS DE LLOEGR » (4/5)


Monseigneur est satisfait. Il est certain de tenir dans cette super-glue verbale l’arme secrète qui mollira la combativité des gardiens du village Intérêt Général, et qui fixera aussi toute éventuelle opposition dans le pays. « C’est Démagogix mon maître qui sera content de le savoir » conclue-t-il. Tout en félicitant Vendesassurancestoutrix, il ordonne que ses bataillons se tiennent prêts à procéder à un premier test dès que les quantités suffisantes de win-win seront livrées. Ce n’est l’affaire que de quelques jours.

Enfin, tout est paré. Monseigneur est impatient. Il a ordonné que le premier bombardement de win-win ait lieu par voie aérienne depuis le village de Télévisium. Donnant le signal à l’heure du souper, le win-win se diffuse sur les ondes. Une étrange nuée se lève et répand un souffle sonore jusqu’alors inédit. Les retraités, les fonctionnaires-serviteurs du pays et d’autres salariés sont assimilés à des nantis, à des rentiers. Par ailleurs, ce souffle étrange annonce la distribution de puissants paradis fiscaux artificiels. Un nouvel opium du peuple pour le plus grand bénéfice des plus riches, des véritables nantis ou rentiers.

Cela fonctionne à merveille. Les endorphines sécrétées endorment les neurones calculateurs de la population dés cette nuit-là. Un lourd sommeil hypnotique s’abat sur les enfants de Belle France. L’opinion, shootée à la glue verbale, se trouve scotchée.

Nous voilà le lendemain matin. Vendesassurancetoutrix débute sa journée par un jogging. Le seul moment de la journée où il transpire, où cette sueur lui donne l’apparence du travailleur. Le rythme de sa foulée suit celui de sa joie. Il sait que les dégâts provoqués par son Win-win ont dû être considérables. Pour l’occasion, il a d’ailleurs enfilé son plus beau survêtement, celui du dimanche, un survêtement jaune or où figure son animal totémique ; un grand caïman. Mais Alphapage, son corbeau messager, l’interrompt dans son effort. Alphapage lui apporte une convocation de Monseigneur Girondix, le mandant plus tôt que prévu.

Les résultats du bombardement de la veille sont en effet plus qu’excellents. Constatant cela, l’état-major de Monseigneur Girondix le Bossu fait éclater sa joie et laisse libre cours à son humeur belliqueuse. « Attaquons sans attendre l’avant poste d’Intérêt Général et ce maudit étendard qui nous a déjà trop nargué » lance Vendesassurancestoutrix. « Oui », poursuit Rhétorix, « n’attendons pas qu’ils réfléchissent à une riposte suite au bombardement d’hier ; nos rapports font état d’une vive agitation dans le village depuis hier soir ».

« Vous avez raison mes enfants », lance Monseigneur en souriant, « rassemblons toutes nos forces dés demain matin sur la plaine qui fait face à ce stupide étendard que nous allons détruire sans plus attendre ». Chacun quitte la salle impatient d’en découdre et chargé de sa part des préparatifs.

Le soleil se lève. Vendesassurancetoutrix est l’un des tout premiers sur le futur champ de bataille. Il y est rejoint un à un par ses amis et les autres membres de l’unité de cavalerie dont il est le commandant. À commencer par Poujadix qui arrive flanqué de son animal de compagnie. Un perdreau au regard niais perché sur son épaule gauche, prénommé « Jean-Pierre » et bagué avec le symbole de son maître, les trois lettre « cçc ».
Puis par Cadremoyenaigrix qui arrive très aigri. Cette bataille l’empêche de partir en RTT, ces RTT dont il déteste le principe mais qu’il apprécie tant quand même.
Arrivent enfin, entre autres, les chevaliers Frontoffix le trader, Centurix XXI, Vediorbix aux grands crocs, Pharmaceutix l’apothicaire, Nicotix le buralix, tous vêtus de leur armure trois pièces plaquées or, dures comme leurs cœurs, légères comme leurs cervelles, et portant par également autour du cou, une sorte de torque (collier gaulois) souple, doré, descendant sur leur poitrail. Un torcravatte symbolisant le lien qui les relie à leur seigneur ; une laisse magique.

Les voilà positionnés par leur Commandant sur le flanc droit, attendant qu’on la lâche sur l’adversaire.

Au centre, la piétaille trépigne elle aussi sur place. Gavée de win-win mais également d’une autre drogue déjà plus ancienne, le sondage-d’opinium, cette masse attend qu’on lui permette d’insulter, de vilipender et de cracher sur tous ceux qu’on lui présente comme l’ennemi.

Surplombant la plaine où se trouve cette armée, un promontoire. Démagogix qui a quitté son repère pour assister à cette bataille s’y avance à pas de sénateur. Il marche accompagné du baron Ernestum Wendelium et de Girondix le bossu, son général qui le supplie, « tâtez ma bosse ô mon maître, cela sera de bon aloi, nous portera chance ». Démagogix n’en a cure. Il préfère regarder à l’autre extrémité de la plaine l’étendard magique du village Intérêt Général, celui qui a tant fait frémir ses hommes et que portent encore depuis tout ce temps Lignesix et Locomotrix. Démagogix se fait songeur pendant que à la vue de l’étendard les visages de rouille de Monseigneur le bossu et de sa suite se ferment ou s’oxydent de colère. Thatcheria, qui les rejoint, remarquant cela, leur insuffle son souffle de forge. Sortant de dessous sa robe une lance magique, encore vibrante, elle la tend au bossu en lui disant, « tiens Monseigneur, voici ma lance reactium, je te la prête ; elle mènera ta colère et ta dérégulation… »

jeudi 4 septembre 2008

CHAPITRE 4 « LES FILS DE LLOEGR » (5/5)


Alors que Monseigneur saisit la lance volante de Thatcheria sous le regard circonspect de Démagogix, un puissant grondement retentit tel le tonnerre.

Locomotrix vient de faire sonner son cor magique, appelant tous les glorieux combattants du village Intérêt Général à rejoindre l’étendard et à se préparer au combat.

Les portes du village s’ouvrent alors, déversant dans la lande ses fiers habitants qui n’attendaient que le signal pour sortir. La récente attaque menée par le bossu avait en effet déjà sonné le tocsin. À cette occasion Staracademix avait proposé ses services, tenté de chanter « motivés, motivés », mais on lui avait dit que c’était inutile. Nul besoin de motivation supplémentaire. Car il est tout bonnement hors de question de subir, de se laisser insulter ou présenter comme des profiteurs par les serviteurs des Dark Speculator. Le son du cor est donc le signal de la contre-attaque.

Une grande partie du village accourt. Les chevaux les plus rapides portent les amis de Profsousprosax ; les cygnes les plus majestueux transportent Blousedhermine et ses amies ; les cerfs les plus puissants emmènent Métalurgix et ses camarades ; les rennes les plus vigoureux galopent guidant le peuple solidaire. Didactix et Syndicaline, le front brillant, courent devant tout ce monde. Ils courent si vite que leurs pas ne foulent ni les pierres, ni l’herbe, ni les fleurs. Deux nuées d'abeilles portent leurs foulées. Parmi les délégués du village, seul manque Démocratix le chef. Encore une fois personne ne sait où il s’est retiré pour réfléchir aux problèmes qui secouent Intérêt Général.

De leur côté, Girondix le bossu et son seigneur Démagogix, ressentent au loin la sourde rumeur qui se lève. Ils s’interrogent. Directeurdecabinex est immédiatement envoyé en mission de reconnaissance. Son destrier est rapide. Aussi l’attente est brève. Directeurdecabinex revient vers Girondix et Démagogix aussi angoissé que bouleversé. Pressé, Girondix lui demande ce qu’il a vu. Ses paroles semblent incohérentes.

« Mes oreilles ont ouï un grondement terrible comme si mille montagnes s’éventraient pour lâcher leur colère. J’ai cru voir une brume envahir l’horizon et cracher des flocons de neige comme si mille glaciers voulaient tout recouvrir d’un manteau de glace. Quand la brume se fit proche, j’y ai vu des milliers de lueurs briller comme s’il s’agissait des astres de la nuit ».

Le messager cesse son récit, les yeux hagards. Le visage de Démagogix, quant à lui, se ferme. Girondix remarquant le voile qui tombe, demande à son maître ce que ce récit signifie. Démagogix, courbé sur sa chaise installée au sommet du promontoire, lui répond que « La brume est la poussière que les habitants du village en marche soulèvent sur leurs pas. Les flocons de neige sont la blanche écume que bavent leurs chevaux. Ce qui brille, semblable aux astres de la nuit, c’est la flamme de leurs yeux ardents. »

Histoire de se donner une contenance, Girondix se permet alors un « peu m’importe leur poussière et leur flamme, ils en mangeront en entrée, plat, désert. Quant aux flammes, nous les éteindrons de nos crachats ».

Démagogix, cinglant lui rétorque « Imbécile, l’imprudence est la mère des défaites. Voyons plutôt comment empêcher l’incendie porté par cette rumeur de s’approcher ».

mardi 12 août 2008

CHAPITRE 5 « LA MARÉE, FLUX ET REFLUX » (1/5)


Brûlante, la rumeur s’approche pour finir par s’aligner derrière son étendard.

Syndicaline et Didactix, nos deux héros, accompagnés d’autres délégués d’Intérêt Général, s’avancent plus en avant afin de jauger les forces adverses. Dressée sur le promontoire, ils aperçoivent la tente de l’état major de Démagogix et de son général en chef, Girondix de la Bosse, assisté pour cette bataille du baron Wendelium. D’autres silhouettes enveloppées dans des capes sombres semblent flotter devant la tente. Sur la droite, ils distinguent nettement la cavalerie aux armures rutilantes qui brillent sous un soleil ascendant. Encore plus à droite, en partie cachés par un bosquet, Didactix croit discerner une autre unité d’assaut sans pour autant en être certain. À gauche, grâce au survol des cygnes de Blousedhermine, ils savent que derrière une butte, les bataillons de l’infanterie régulière se tiennent prêts à surgir si nécessaire.

Puis le regard de nos deux héros se pose sur les premières lignes centrales. Horreur ! Les yeux attristés, ils découvrent que la piétaille est constituée de tous les serfs que Girondix a réussis à hypnotiser. Enchaînés les uns aux autres, leurs yeux brillent d’un rouge fluorescent, l’un des effets du gavage au win-win. Le regard hargneux, ils vocifèrent en direction des habitants d’Intérêt Général qui s’alignent de part et d’autre de l’étendard.

Un malaise saisit progressivement Syndicaline et Didactix. Le trouble s’installe en eux, affaiblissant leur combativité. Ils se disent que pour atteindre la cavalerie et l’infanterie, ils vont devoir heurter la piétaille de Girondix, heurter et blesser peut-être leurs frères de sueur hypnotisés par les serviteurs de Dark Spéculator.

Constitutionnix vient d’arriver sur le champ de bataille. Sentant le trouble envahir le cœur de ses amis, il s’approche d’eux. Syndicaline et Didactix lui font part de leurs états d’âme. Constitutionnix leur répond que l’intérêt supérieur du combat doit l’emporter sur les conséquences à court terme. « L’essentiel est dans la justesse de l’acte du moment ; que vous accomplissiez ce que vous avez choisi d’être ». Mais rien n’y fait. Le cerveau peu serein, Didactix cherche d’autres solutions. Il veut aller aux devants de ses frères de sueur, leur expliquer, les convaincre.

Constitutionnix lui explique alors que cette armée de serfs enchaînés n’est pas en état d’entendre ses arguments. Le pouvoir hypnotique des armes mises au point par les serviteurs de Dark Spéculator est trop puissant. Cependant qu’il se rassure, le temps de leur libération viendra. Pour l’instant, seul importe que l’on puisse remporter cette bataille afin que l’œuvre de la déesse Solidarité ne soit pas sacrifiée, que la mémoire de justes conquêtes sociales perdurent, nourrissent l’espoir dans le cœur des hommes tout en donnant du sens à leur labeur.

Mais Constitutionnix ne parvient pas à extirper nos deux héros des méandres du doute dans lesquels leurs esprits sont enfermés. Il lève alors vers le ciel le bâton télescopique de druide qu’il gardait dans l’une de ses poches et qu’il vient de déployer. Un éclair se produit dans le ciel en même temps que son front s'illumine avec une intensité toute particulière. Des images mystérieuses s’y dessinent.

Étrange prodige. Syndicaline et Didactix peuvent voir sur cet écran de lumière des parterres de fleurs merveilleuses piétinées qui renaissent encore plus belles. Ils voient des rivières de sang couler des plaies de fiers guerriers puis rejaillir dans leur cœur pour faire battre leurs tempes. Mais aussi des armées entièrement avalées par le destin qui renaissent. Les dernières images sont moins optimistes. Ils voient pour finir le dieu Fraternité et la déesse Solidarité se faire avaler par l’esprit de Perfidie, leur souvenir s’effaçant alors des temples de la Mémoire.

lundi 11 août 2008

CHAPITRE 5 « LA MARÉE, FLUX ET REFLUX » (2/5)


Cette dernière image les fait se ressaisir. Ils comprennent que leur personne n’est pas plus importante ici que celle de leurs frères actuellement captifs de la glue verbale de Girondix. Seule prime l’intention, le sens individuel et collectif qui habite leur action. Aussi, ils retrouvent toute leur combativité. Et par conséquent, en ce dimanche du mois de mai, ils s'apprêtent à livrer bataille. Le cœur ardant, chacun rejoint son unité après avoir congédié le compagnon animal, renne, cheval, cygne ou autre qui l’avait porté jusqu’ici. Ce n’était pas leur bataille.

Parallèlement à la formation des bataillons, on indique à Locomotrix et Lignesix qu’ils peuvent enfin se reposer. Ce n’est que mérité. Ils ont courageusement tenu l’étendard et subit pendant plusieurs jours des salves nourries d’invectives. Mais s’ils sont effectivement fatigués, ils refusent d’abandonner le terrain. Dans un dernier effort, ils plantent profondément dans le sol le mat de l’étendard puis s’assoient avec quelques camarades autour, déterminés à monter la garde. Ce geste de fierté fera office de signal. Les bataillons d’Intérêt Général s’élancent, à commencer par celui où se trouve Syndicaline, Syndicalix, Cégétix, Synallagmatix, et qui forme le flanc gauche.

Syndicalix avait failli arriver en retard. De justesse, il avait rejoint sa copine Syndicaline enveloppé dans un épais nuage de fumée qui recouvrait son fameux char magique. Celui-là même qui redémarra en trombe à la seconde où Syndicalix en descendit. Syndicalix était arrivé tendu, tenant nerveusement un cigare à la main.
Synallagmatix, lui, arriva plus tôt et assez décontracté, son stylo magique à la main. Un beau stylo marqué du sceau des artisans du Mont Jaune.
Cégétix fidèle à lui-même ne se posait pas trop de questions. Il préférait comme d’habitude compter ses troupes ; un tic.
Après une dernière oeillade entre eux, ils se retournèrent vers leurs camarades puis portèrent leur regard droit devant eux. Unitairement, ils montèrent en première ligne puis se mirent à courir.

Aussi voici Syndicaline et ses camarades, Syndicalix à ses cotés, puis Cégetix à sa gauche et Synallagmatix à sa droite, encadrant leurs troupes, qui montent à l’assaut, tout droit sur le flanc gauche adverse, celui où se trouve l’infanterie régulière de Girondix.

Les centaines de mètres succèdent aux centaines de mètres. Ils peuvent apercevoir au loin l’infanterie adverse qui attend le choc de la mêlée. Ils se disent même qu’ils les feront reculer. C’est à ce moment-là qu’une chose étrange se produit. Le sol se dérobe sous leurs pieds. Ou plutôt pour un pas qu’ils font, la tourbe sombre et chaude les fait reculer de deux pas. Étrange diablerie. Qu’à cela ne tienne, ils courent de plus belle, finissant par échapper ainsi à ces sables roulants. Mais il leur reste, tout de même, pas mal de terrain à couvrir. Ils tiennent le rythme.

Ils tiennent ce rythme jusqu’à la diablerie suivante. Car soudain le sol se met à transpirer par tous ses pores. Une brume aigre les prend subitement à la gorge. On dirait que le souffle soufré d’un quelconque dragon prisonnier des entrailles de la terre cherche l’air pur afin de le vicier. Sans même avoir le temps de comprendre ce qui se passe, les yeux irrités, le souffle coupé, ils se cognent les uns contre les autres. Puis ce sont des crépitements qui se font entendre tout autour d’eux. Un crépitement qui devient vite un vacarme insupportable. On jurerait que le grésillement de milliers de radios, tels des frelons, s’acharnerent sur eux ; que des milliers de tubes cathodiques implosent tout autour d’eux.

Un phénomène qui n’est rien d’autre que le résultat d’une nouvelle attaque portée par les ondes que venait d’ordonner le général Girondix. Des milliers de missiles longue-portée, chargés en win-win et opinium, lancés depuis les batteries du bourg Télévisium, s’abattent en effet sur eux. Tout n’est que vacarme et brouillard.

Voyant cela les unités de Métallurgix et Carrosserix se portent à leur secours. Sans succès puisqu’ils se font piéger de la même façon. Car en plus des missiles d’opinium et de win-win, l’arti-raillerie de l’infanterie ennemie tonne furieusement. Des bordées d’injures de gros calibre les assaillaient.

« Les 35 heures c’est bon pour les fainéants ! » « Fonctionnaires, tire au flanc !» « Ouvriers mécréants ! » « Le travail des autres c’est ma santé ! »

Dans cet enfer, on réussit à réunir quelques hommes afin qu’ils partent vers les arrière-postes histoire de demander de l’aide. Sur le nombre de messagers envoyés, peu nombreux sont ceux qui réussissent à s’extirper de ce bourbier et à transmettre à Constitutionnix dans quel état se trouve le flanc gauche. Péhèmix et Bétépix y parviennent.

samedi 9 août 2008

CHAPITRE 5 « LA MARÉE, FLUX ET REFLUX » (3/5)


« Comment faire pour les sortir de ce mauvais pas ? » se demande le druide. Constitutionnix avait beau avoir récupéré quelques-uns de ses pouvoirs, il n’en demeurait pas moins trop faible pour résoudre seul cette délicate situation qu’il avait perçu depuis l’étendard avant même l’arrivée des messagers.

Afin de trouver une solution, il fait réunir autour de lui tous les bardes du village. Très vite, une idée émerge. Ils vont tenter de briser la rosserie par l’ironie. Pour cela, les bardes fabriqueront des saillies drolatiques. Pendant ce temps, Constitutionnix se chargera de préparer un ravitaillement énergétique destiné aux troupes présentes sur le front. Des chipolatax et des merguex rituelles, de la sangria mais aussi de la cervoise bénies par lui.

Les messagers quittent les arrières postes chargés de tout cela et d’une promesse d’intervention. Elle ne tarde pas. Les porteurs ont à peine le temps de regagner les avants postes qu’ils peuvent déjà entendre la première salve de ripostes.

Staracademix, chantecommuncoccyx et leurs autres camarades bardes, tous issus de l’ordre sacré des Victoires de la Musix, lancent des saillies qui résonnent ainsi : « Besoin de pain, envie d'un toit » « Le travail c’est la santé, ne rien faire c’est la conserver ! » « Tu mangeras du pain à la sueur de ton front, et bien va donc travailler, rentier ! » « Travailler pour les spéculateurs, c’est usiner le trépalium de ces gangsters !»

Avec cette salve, le bombardement ennemi cesse un moment et le rideau de brouillard se lève un peu.

Les bataillons du flanc gauche en sortent un peu hagards et cherchent leurs chefs du regard. Syndicaline, Syndicalix et Cégétix reprennent assez vite leurs esprits. Mais alors qu’ils s’apprêtent à signifier à leurs troupes la poursuite de l’assaut, ils se rendent compte que Synallagmatix n’est plus présent à leurs cotés. Celui-ci marche déjà bien au loin avec une partie de son unité de contestation, en direction du camp adverse, tous bras tendus tels des zombies. Le sévère bombardement de win-win avait fait son effet. Cédant à une fragilité congénitale, Synallagmatix s’en va signer un accord avec Girondix de la Bosse, faisant même de ce que l’adversaire avait prévu dés le début de lui octroyer, une brillante conquête.

Un tressaillement de doute et de colère saisit Cégétix, Syndicalix et Syndicaline. Mais ils reprennent sans plus attendre le raid en direction de l’infanterie ennemie. Malgré le brouillard qui règne encore sur la plaine, ils savent que celle-ci ne se trouve plus qu’à quelques centaines de mètres, séparée d’eux par une butte. Les voilà qui gravissent la colline, puis qui dévalent la pente, espérant surprendre l’infanterie de Girondix.

Mais de nouveau, un bruit angoissant stoppe net leur course à mi-pente. Un brouhaha d’un autre âge, venu de temps lugubres et inhumains, qui leur coupe les jambes et leur serre le cœur. Oui, la piétaille du bossu s’était déplacée. Une partie se trouve maintenant là, devant eux. Une foule immense qui avance doucement, tirant de lourdes chaînes en fonte plaquées or. Hypnotisés, enchaînés les uns aux autres, la fuite de ceux qui se réveilleraient est impossible. Constitutionnix avait raison. On ne peut rien pour eux.

Désarçonnés par cette image qu’ils n’avaient pas perçue aussi nettement avant l’assaut, ils restent paralysés. Si le doute avait taraudé Syndicaline avant l’offensive, il venait devant ce triste spectacle, d’avaler et de digérer toute sa combativité. Elle ne peut décidément pas marcher sur cette masse certes grommelante, mais familière, constituée de frères et de sœurs de sueur.

Monseigneur jubile. Sa piétaille vient de bloquer la charge du flanc gauche.

vendredi 8 août 2008

CHAPITRE 5 « LA MARÉE, FLUX ET REFLUX » (4/5)


Le flanc droit mené par Didactix était parti à l’assaut au même moment que les autres unités de contestation. Et il s’était également fait prendre dans le bombardement de win-win. Toutefois, les pertes avaient été faibles.

Il se trouve maintenant devant trois bataillons adverses, prêts à recevoir le choc. Celui des « parents d’élèves qui savent tout mieux que les profs » et celui des « parents d’élèves qui préfèrent voir leurs enfants à l’école car les enfants c’est du souci ». Avec derrière ces deux bataillons, la légion spéciale des « eunuques de l’éducation soumis aux caprices parentaux et infantiles », dirigée par Lucius Ferrius, un lieutenant de Girondix. Trois unités unies par la volonté de « se repaître du cœur vaillant des enseignants ».

Alors que les professeurs résolus montent au contact, Monseigneur Girondix depuis son promontoire, se rend compte que ses bataillons ne feront pas le poids face au flanc droit ennemi. Il lui faut résoudre ce problème. Il fait venir BadBercix et sa suite de mages de l’ordre du Chiffre, drapés dans des capes de couleur sombre. Froids comme des superconducteurs, BadBercix, Statistix et Econometrix apparaissent ; « Oui, maître ! Demandez et nous chiffrerons ! ».

Girondix leur montre le problème que constitue cette foule de professeurs. La solution ne se fait pas attendre. Elle est à leurs pieds. Remarquant la lance magique que Thatcheria avait offerte au Bossu, les mages de l’ordre du Chiffre la demandent. Ils la posent au sol et se mettent à tourner autour de la lance en invoquant des modèles économétriques, sociologiques et en se servant de leurs bouliers sacrés ainsi que de leurs chapelets numérologiques.

Après un moment, la lance se met à briller. C’est alors qu’ils prennent la lance magique chargée en fluide numérique et qu’ils la dirigèrent vers le bataillon de professeurs. Comme par enchantement, ceux-ci disparaissent les uns après les autres. Les disparus sont transportés provisoirement dans une dimension parallèle, le royaume de la déesse Statistica, une divinité cyclothymique.

Didactix et ses camarades constatent cela avec horreur. Ils s’attendent impuissants à disparaître à tout moment. Par chance, la lance finit par épuiser tout son fluide numérique, perdant ainsi son pouvoir. Les enseignants cessent de disparaître. Mais les dégâts sont considérables. Il ne reste moins de la moitié du bataillon.

Didactix fait arrêter l’assaut. Il faut évaluer la situation et apporter une remédiation au problème posé. La poursuite de l’offensive devient une chose peu réalisable, même si n’écoutant que son courage, Didactix demeure prêt à se battre seul. Réunissant ses compagnons, l’un d’eux, Agregationix, prends la parole et raconte à ses camarades une petite histoire.

« Il y a bien longtemps, deux maîtres armuriers se disputèrent la place de Grand maître armurier. En effet, le plus jeune des deux ne cessait de quereller son aîné à tel point que le vieux maître demanda au roi de les départager. Le roi accéda à cette demande et leur donna rendez-vous au gué de la rivière sacrée du royaume, à l’automne, pour un petit défi.
Le défi consistait à plonger leur plus belle œuvre au milieu de la rivière et à observer son action sur les feuilles charriées par le cours d’eau ancestral. Le plus jeune des maîtres armuriers tint à être le premier à plonger sa lame. Il en fut ainsi. Il prit sa lame la plus fine et la plongea dans le cours d’eau. Un chêne accepta de concourir à ce que justice s’établisse. Il lâcha l’une de ses feuilles. Celle-ci arriva droit sur l’épée et fut tranchée finement en son milieu. L’assemblée et le chêne furent impressionnés par la qualité de cette lame. Le jeune armurier ne put retenir un éclat de joie. Le roi resta impassible. Le vieux maître vint et plongea une lame aussi fine, aussi tranchante que celle de son cadet dans la rivière. Le vieux chêne lâcha une autre de ses dernières feuilles. La feuille se dirigea, comme la précédente, tout droit sur le tranchant de la lame. Mais au lieu d’être tranchée par cette dernière, le feuille glissa délicatement tout le long de la lame et poursuivi sa route. Il y eut un murmure dans l’assemblée, couvert par les éclats de rire du jeune armurier. Le roi se leva, se dirigea vers le vieux maître et le déclara vainqueur. Ni l’assistance, ni le cadet, rouge de rage, ne comprirent la décision du roi. L’aîné s’inclina modestement devant le souverain et quitta le gué sans mot dire. Le vieux chêne, en signe de respect pour le vieux maître abandonna toutes ses feuilles restantes à la rivière. »

Didactix claque amicalement l’épaule d’Agrégationnix et lui dit « tu as raison, contournons l’obstacle afin d’atteindre ce satané promontoire. Il ne sert à rien de sacrifier nos forces en attaquant de front. On n’a rien à démontrer. »

L’instant d’après, tout le monde court déjà à qui mieux mieux. Ils contournent les bataillons de parents et la légion d’eunuques, pris de vitesse. Paniqué, Monseigneur vocifère : « Lucius Ferrius ! Votre garde est constituée d’incapables ! Faites donc quelque chose ! »

Lucius Ferrius ne voit qu’une solution. De la glue verbale, encore de la glue verbale, toujours de la glue verbale. Il contacte les unités d’artillerie postées à Télévisium et leur demande un tir de barrage concentré sur des coordonnées précises. Il faut tout balancer ; tout ce qui reste d’ogives de glue verbale win-win et d’opinium.

C’est ainsi qu’une grêle d’obus s’abat sur notre vaillant bataillon. Malheureusement pour Lucius Ferrius mais heureusement pour les unités de Didactix, les obus ne sont pas assez nombreux et la glue pas assez épaisse pour immobiliser les enseignants. À plus forte raison que Lucius Ferrius s’était trompé dans le calcul des coordonnées. La plupart des ogives tombent hors champs de combat.

« Bande d’incapables, ça ne suffit pas ! » Rugit le buffle devant l’incompétence de ses inféodés. Si l’unité de Didactix enfonce les phalanges de Lucius Ferrius, ils auront accès au chemin qui mène au promontoire où se trouve Girondix et Démagogix. Que faire ? Profitant du fait que Démagogix soit occupé avec une jeune secretaire, Girondix demande au Baron Wendelium « que ferais-tu à ma place ? ». « Tu n’as pas le choix ; il te faut lancer ton sort le plus puissant, celui que tu as pris à Constitutionnix » répond le Baron. Girondix aurait préféré l’utiliser à un autre moment mais il ne peut se permettre une défaite. Ses maîtres, Dark Speculator et Démagogix ne lui pardonneraient pas. En effet, il n’a pas d’autre choix.

Girondix écarte les bras, les tend vers l’avant et lance l’invocation oghamique du vieux druide. Mais l’invocation qui commence à transpirer du bossu n’est pas dorée mais grise. Et l’odeur que la nuée dispense est celle du plomb en fusion. Une nuée qui se dirige droit sur l’unité de Didactix. La nuée se mêle à la glue. La glue monte en neige, boueuse et visqueuse. Le sort est réussi. La glue verbale montée en neige immobilise les jambes de Didactix et de ses camarades. Les voilà partageant le même sort que le reste des troupes d’Intérêt Général.

Constitutionnix est quant à lui saisi par un courant electrique qui le surprend. Les mots de plomb du bossu avaient fini par retrouver leur maître, redevenant des paroles dorées. Constitutionnix retrouve ses pouvoirs. L’alchimie des mots sacrés lui redonne force et vaillance. C’était déjà cela de pris car cette bataille était perdue. Les unités du village se replient en désordre, tête baissée, les jambes et la volonté ramollies par la glue verbale ennemie, emportant avec elles un étendard rétréci aux trois quarts, aussi diminué que la volonté du village.

Regardant par-dessus leur épaule, certains peuvent même assister à un spectacle effrayant qui leur fait presser le pas. Les étendards des troupes de Démogogix et Girondix prennent vie. Les trois marteaux du baron Wendelium se détachent de la toile et plongent dans les marres de sueur laissée sur le champ de bataille. Glinky, le pacman-fantome, bondit également de son placenta textile.

Oui, les trois-marteaux et le Glinky sont bien vivants et ils se repaissent de la sueur des travailleurs, accroissant par la même occasion le pouvoir de leurs maitres. Le Baron Ernestum Wendelium se disant même que maintenant, grâce à ses marteaux vivants, il va pouvoir fabriquer à la chaîne des chaînes magiques pour entraver une masse toujours plus nombreuse d’hypnotisés.

mardi 5 août 2008

CHAPITRE 5 « LA MARÉE, FLUX ET REFLUX » (5/5)


S’ensuit une longue marche qui restera dans les mémoires comme la longue marche des mis en retrait.

Alors que Monseigneur assiste, joyeux, à la fin de la dispersion des vagues contestataires, Vendesassurancestourix vient le voir pour lui signifier que sa cavalerie a envie de pousser plus loin l’avantage. Une bonne idée. Monseigneur lui accorde son expédition punitive. « Va avec tes braves ! Prends à ta guise serfs et trophées ! » Vendesassurancestourix rejoint ses collègues, tout excité par la chasse qui s’annonce. Rejoignant ses compagnons, il fait un petit crochet par le bosquet où se cache encore Petitfascix et son infanterie charognarde qui espérait retirer de la bataille quelque chose à se mettre sous la dent, pour se moquer d’eux. Petitfascix se dit intérieurement « Va imbécile ! Épuise donc tes forces ! Mon heure viendra ! »

En attendant, c’est l’heure de Vendesassurancestoutrix et de ses compagnons. Telle une meute trop longtemps retenue, ils se ruent à la poursuite des bataillons d’Intérêt Général. « Yah Panzer ! Yah Leclerc ! Yah Chrysler ! Yah Maha ! » crient-ils en étrillant leurs montures. Empressés, assoiffés qu’ils sont, cherchant à l’horizon leur proie déjà loin, ils décident de couper au plus court. Pour cela ils éventrent la masse inerte que constitue maintenant la piétaille.

Heureusement pour nos amis, cette cavalerie stupide se trompe de chemin. La route qu’elle prend les éloigne de nos combattants. Malheureusement elle conduit ces cavaliers droit sur le village Intérêt Général, désormais sans défense. Enragés de ne pas rencontrer l’armée en retraite, ils se vengeront sur le village, ravageant les faubourgs, pillant et emmenant captive, une partie de la population.

À cet instant, nos amis se trouvent encore loin du village, ignorants des dégâts produits par la cavalerie soumise aux désirs de Dark Spéculator. La route est encore longue. Alors que Didactix ronge son frein, se disant que rien ne sera possible sans le réveil et le sursaut de la masse enchaînée, la troupe traverse une jolie forêt. Soudain un épais brouillard s’abat. Nos amis ne voient plus leur route. Le seul point de repère qui demeure est une petite rivière sur leur droite. Ils décident de faire une halte. Didactix en profite pour continuer de réfléchir tout en suivant du regard les vaguelettes qui dansent sur le courant diaphane. Il ne réfléchit pas bien longtemps car une jolie jeune femme, blonde comme le maïs, fait soudainement irruption dans son champ visuel. Didactix s’arrête net. La jeune femme s’approche de lui en souriant. Et son sourire est comme un éclair mettant dans le mille. Didactix est touché par la foudre en plein cœur. Il ne bouge plus. La jeune femme se trouve maintenant toute proche de son visage. Quittant un instant les yeux de Didactix, elle approche ses lèvres de l’oreille gauche de Didactix, où elle y déverse un clapotis continu de paroles.

« Je m’appelle Loanamélusine, la fée des piscines. Le grand dieu Lugh m’envoie vers toi. Le grand dieu solaire, Lugh le polytechnicien, Lugh le grand savant, Lugh le grand artisan m’envoie vers toi pour que je te guide sur le chemin de l’épée magique. Trouve l’épée sacrée gardée dans l’au-delà. Trouve l’épée pourfendeuse d’injustices. Cherche l’épée qui porte un nom de tonnerre. Trouve celle dont tu devras deviner le nom pour libérer le pouvoir. Pour la trouver, il te faudra chercher la porte du monde d’en-bas. Pour trouver la porte de ce monde, retrouve McAfyx le Pirate. Trouve-le et poursuit ton destin ».

Didactix toujours paralysé n’ose rien dire. Loanamélusine s’écarte doucement de lui après avoir frôlé ses lèvres. Elle lui sourit toujours. Puis elle se jette dans la rivière. Son buste sort une dernière fois de l’eau. Son maillot de corps trempé, marquant sa jolie poitrine. Ses boucles blondes soulignant les traits de son visage et son joli regard. Elle sourit encore une fois puis disparaît. Didactix se retrouve bête au bord de cette rivière, devant sa copine Syndicaline et ses autres camarades morts de rire.

dimanche 13 juillet 2008

CHAPITRE 6 « WAR ZAO ATAO » (1/5)


« Alors Didactix, ça va mieux on dirait. Je vois que tu retrouves l’appétit » lui demande Constitutionnix en souriant. Tout le monde rigole de nouveau.

Didactix bougon, comme lorsqu’on redescend trop abruptement d’un bon kif, répond « au lieu de te moquer, dis-nous plutôt ce que sont ces histoires de fées des piscines, d’épée magique et de McAfyx. J’ai eu du mal à tout écouter »… « Tu m’étonnes ! » l’interrompt Syndicaline goguenarde.

« Ça va ! C’est bon ! Quoi que tout bien réfléchi, ça ne va pas. Je m’en veux de ne pas avoir pensé à lui demander son numéro de boule de cristal portable, histoire d’obtenir des renseignements complémentaires »… « La marque de son maillot de corps par exemple, non ? » Conclut Syndicaline encore une fois.

Didactix, aussi timide qu’il est grande gueule, commence à voir rouge. Il n’aime pas trop qu’on le titille quand il se trouve vulnérable devant la gente féerique.

Contitutionnix lui dit alors « Ne t’en fais pas. Quelque chose me dit que tu la reverras, sans doute bientôt »… « À nouveau trempée ! » interjecte encore une fois sa copine Syndicaline.

« Au lieu de faire la maligne, tu ferais mieux de te demander comment trouver ce fameux McAfyx tiens ». Syndicaline sifflote pour marquer sa gêne.

Constitutionnix y réfléchit de son côté. Mais il a beau fouiller dans sa mémoire, les propos de la fée ne lui rappellent rien. Toutefois il se dit que la solution ne doit pas être bien loin. Il regarde autour de lui en quête d’un indice, d’un signe que lui accorderait ce lieu où il sent la présence d’ondes magiques. Bonne initiative !

Alors que son regard scrute la rivière, un gros saumon saute trois fois hors de l’eau, à chaque fois un peu plus haut. Constitutionnix comprend instantanément le message. Il regarde vers la cime des arbres. Sur l’une des branches les plus hautes, se trouvent trois corbeaux qui le fixent du regard. Constitutionnix les fixe à son tour pendant trois bonnes minutes à l’issue desquelles il étend un croassement provenant de derrière lui. Il se retourne et voit une silhouette blanche traverser rapidement le ciel. Regardant de nouveau les trois corbeaux, il les voit s’envoler sans bruit, faire trois tours autour de lui, puis se diriger vers le soleil couchant en croassant à trois reprises, trois mots aux sonorités bretonnantes. « War Zao Atao ».

« War Zao Atao », enfin quelque chose qui semble interpeller sa mémoire. En attendant de se rappeler ce que c’est, une chose est déjà certaine. Les indices indiquent clairement que la solution se situe du côté de Gesocribate (Brest) et sa grande baie où la mer accueille le Soleil pour son sommeil. C’est là en effet que nichent les corbeaux savants.

Décision est donc prise de partir vers Gésocribate après un passage par le village, histoire de se restaurer et de se reposer un peu. La marche se fait plus rapide.

samedi 12 juillet 2008

CHAPITRE 6 « WAR ZAO ATAO » (2/5)


Tous nos amis ainsi que le reste du cortège arrivent aux abords du village au petit matin. La brume est épaisse. Constitutionnix a tout d’un coup le ventre qui se noue. Il ne comprend pas pourquoi mais une soudaine nausée monte en lui. Il est trop fatigué pour chercher à comprendre. Syndicaline et Didactix mettent tout cela sur le compte de la bataille et de la défaite qui se rappellent sans doute à lui.

Ils s’approchent ainsi du village, cherchant à traverser ce rideau de brume qui refuse de s’ouvrir. La lumière s’y met aussi. L’aube semble recouvrir le village d’un manteau de pudeur. Le Soleil est peu enclin à leur exposer le triste panorama qui s’offre à leurs yeux, maintenant qu’ils sont aux portes d’Intérêt Général.

Constitutionnix vient de rendre. Syndicaline et Didactix sont tout aussi livides. Les ruines des abords du village se jettent à leurs visages. Les pierres sont noires et encore fumantes. Une odeur de soufre les prend à la gorge et leur brûle les yeux. L’horreur est si dense qu’elle stagne à même le sol, refusant de se disperser dans les airs. Les faubourgs d’Intérêt Général ne sont plus que ruines et leurs cœurs, rancœur.

Ils parcourent les rues du village, désertes. Les rescapés, en entendant la colère de nos amis et de la foule qui les suit, sortent de leurs abris de fortune et leur racontent, pendant plusieurs heures, l’assaut mené par la cavalerie de Dark Spéculator. L’un des rescapés a pu arracher, en se défendant, l’une des torcravattes qui pendaient au cou des cavaliers. Il la tient rageusement dans l’un de ses poings. « Ce sont eux ! Ce sont eux qui ont fait ça ! » crie-t-il avant de tendre la torcravatte à Didactix qui l’examine. Au dos de la torcravatte on peut y lire un nom ainsi qu’une série de chiffres qui intriguent Didactix. Il se dit qu’il tirera cela au clair plus tard. Car il vient de se rappeler que son frère Caissieràminiprix n’avait pas pu participer à la bataille suite à une lombalgie provoquée par son travail, et était resté chez lui alité. Il marche de plus en plus vite dans les rues d’Intérêt Général. Ses amis ont du mal à le suivre.

L’immeuble où habite son frère est en ruines lui aussi. Il regarde autour de lui. Rien ! Il descend dans les caves. Toujours rien ! Il interroge les voisins. Aucune trace de son frère. Frénétiquement il cherche longuement tout indice en mesure de l’aider. Il tombe finalement sur la gardienne de l’immeuble, qui avait trouvé refuge dans un local à poubelles.

« Madame Poilauxcanines, avez-vous vu mon frère ? » demande Didactix.
Madame Poilauxcanines répond avec son accent de gardienne lusitanienne « Jou l’ai vou se faire attraper par lou’ch méchantes cavaleiros. Ils ont agité oun collier devant les yeu’ch de votre frayre en racountant des chowses bizarre’ch. Et puis votre frayre les a suivi’ch sans rien dire ». C’était la goutte qui faisait déborder l’amphore.

Syndicaline, Constitutionnix et Didactix entrent en fureur. Leurs veines ne charrient plus que colère, leur bile tourne vinaigre, leurs tempes se font tambours, leurs yeux coupes de sang. Leurs cordes vocales noués sonnent le tocsin. Leur ventre se fait bronze et l’ire y résonne de toute part, se répandant en secouant de vibrations toute l’assemblée dépitée qui se rassemble autour d’eux.

L’arme, l’épée magique. Il leur faut l’épée magique, et vite. Il leur faut être à Gésocribate, et très vite. Syndicalix qui se trouve à leurs côtés et qui bout tout autant, propose à nos trois amis de leur prêter son char magique en même temps que Cégétix se porte volontaire pour les accompagner dans la quête de l’épée. Il pense connaître son mystérieux nom et par conséquent le moyen de libérer son pouvoir. Didactix, Syndicaline et Constitutionnix acceptent bien volontiers cette aide.

Syndicalix sort alors une corne de brume dans laquelle il souffle avec force. Quelques instants après, un nuage de poussière se dirige sur eux. Il s’agit visiblement du char magique de Syndicalix. Le nuage de poussière s’arrête devant nos compères provoquant chez eux une quinte de toux. Puis le nuage se dissipe laissant apparaître le char. Syndicaline, Didactix et Constitutionnix s’attendent à voir de magnifiques chevaux tatoués de seize soupapes, mais ce n’est pas ce spectacle qui s’offre à eux. Leurs visages marquent une expression décontenancée.

Attelé à un magnifique char couleur noire métallisée, type pousse-pousse quatre places, on peut y voir une sorte de petit diablotin tout gris et tout malingre. Nos trois compères se tournent interrogateurs vers Syndicalix.

lundi 7 juillet 2008

CHAPITRE 6 « WAR ZAO ATAO » (3/5)


Syndicalix leur explique qu’il s’agit d’un ancien gros spéculateur qui expie par ce sort un passé d’exploiteur patenté. Cégétix regarde Syndicalix d’un air désapprobateur. Mauvais Karma ou pas, c’est là également de l’exploitation, chose qu’il condamne. Syndicalix rétorque qu’il n’a pas de leçons à recevoir de quelqu’un qui, si l’on en croit Nationalelectrix, a siphonné une partie du trésor de la fée Électricité par le biais d’un comité d’entreprise écran. La discussion s’envenime, mais Constitutionnix y met fin en rappelant que le temps n’est pas aux vaines disputes. C’est presque la fin de l’après-midi et il faut partir pour Gésocribate.

Cégétix, Contitutionnix et Didactix montent dans le char, suivis bientôt de Syndicaline à qui Syndicalix finit d’expliquer comment utiliser le char. Une fois installés et la destination indiquée au chauffeur, celui-ci démarre en trombe. Le petit diablotin tire le char si vélocement qu’il leur est presque impossible de distinguer la route et le paysage.

Le soir tombe lorsque le diablotin se met à rougir. Syndicaline peste et Didactix lui demande ce qui se passe. Syndicaline lui répond que le diablotin chauffe anormalement et qu’il faudra, selon les consignes données par Syndicalix, s’arrêter bientôt pour le laisser se reposer, mais surtout le faire boire dans un cours d’eau vive, sans quoi il risque de partir en fumée.

Ils ralentissent et se rendent compte qu’ils traversent actuellement un joli village armoricain. Ils ne sont plus très loin de Gésocribate. Sur la place de ce village, ils demandent à un vieil habitant, peu surpris par l’attelage, s’il n’y aurait pas une auberge dans le coin et surtout un cours d’eau vive où le diablotin pourrait se désaltérer. Le villageois leur indique dans une sorte de marmonnement la direction d’une auberge et celle du « gué des lavandières ».

Afin de faire au plus vite, ils se repartissent les taches. Cégétix et Constitutionnix se chargent de prendre des chambres à l’auberge tandis que nos deux amis emmènent le diablotin se désaltérer au « gué des lavandières ».

Didactix et Syndicaline s’approchent de la rivière. Le diablotin le sent et se met à courir comme un damné puis à boire goulûment. Il se redresse satisfait perdant sa rougeur. Mais subitement, il passe du gris habituel au violet, tremblotant de froid et s’écroulant en bavant. Syndicaline et Didactix s’approchent du diablotin et remarquent que sa langue est devenue toute verte. Didactix goûte l’eau. Elle est infecte, acide et avec un goût très prononcé de nitrates. Le diablotin tremble comme un démon en Antarctique. Que vont-ils pouvoir faire pour sauver le diablotin, se demandent nos deux compagnons. Constitutionnix saurait bien quoi faire lui, mais il n’est pas là et le diablotin est intransportable tant il est secoué de spasmes violents.

Syndicaline se propose de le garder pendant que Didactix ira chercher le druide. C’est ainsi qu’il se retrouve à courir dans une pénombre crépusculaire et forestière. Mais Didactix ne fait pas cinq cent mètres que soudain une branche d’arbre le gifle violement. Il s’écroule au sol. Se relevant tout surpris, il se tourne vers l’arbre interrogateur et en colère.

« Bons dieux ! » Se dit-il sans oser bouger le moindre petit doigt. Vert de peur, il ne sait que faire. Un gigantesque serpent au regard étincelant se tient devant lui. Il vient de sortir de derrière l’arbre et le fixe comme une proie, drapé dans deux longues ailes de chauve-souris qu’il déploie lentement comme pour chercher à le saisir. Passée la stupeur et se sentant fait comme un rat, il a un sursaut de conscience qui lui ordonne de déguerpir. Ses jambes recevant enfin l’instruction se mettent furieusement en mouvement. Le serpent le poursuit, se déplaçant comme sur des coussins d’air. Didactix se met alors en mode sanglier traqué, détalant de plus belle. Il se retrouve quelques secondes plus tard, de nouveau, au bord de la rivière, qu’il longe en sprintant lorsque subitement il se retrouve de nouveau par terre. Un autre arbre vient de le gifler. Il se relève non plus apeuré mais furieux.

« C’est quoi cette forêt ! » s’exclame-t-il, tout en sortant de l’une de ses poches un coupe-ongles avec lequel il compte bien, faute de mieux, se défendre du serpent géant. Aussi il se tourne vers l’arbre s’attendant à voir apparaître le saurien. Mais point de saurien. Par contre, sans doute, une vague cousine du serpent en question, se tient devant lui.

Une vieille femme hideuse au possible, vêtue de loques, le regarde avec des yeux verts dont l’éclat semble radioactif. La colère fait place à une première impression de dégoût puis, d’une façon inexplicable, à une curiosité bienveillante.

Que fait-elle là, cette pauvre femme, se demande-t-il. Mais c’est l’apparition qui lui pose cette même question avec une voix de craie rayant un tableau scolaire. Didactix se rappelant qu’il vient d’échapper à un serpent géant et qu’il est chargé de trouver le bon vieux druide, lui répond qu’il doit dénicher un remède contre les eaux de la rivière, qu’il s’excuse mais qu’il n’a pas le temps pour discuter. Il s’apprête à partir quand la vieille dame le saisit par la manche et lui dit qu’elle seule peut guérir son diablotin. Didactix reste coi. Comment est-elle au courant ? Elle le regarde avec insistance. C’est étrange mais il lui semble distinguer derrière ses rides, innombrables comme les creux d’une mer déchaînée, comme un sourire coquin et intéressé.

Didactix lui demande comment est-elle au courant pour le diablotin. Elle ne lui répond pas mais lui dit autre chose qui fait réapparaître sur le visage de Didactix, une expression de dégoût. S’il veut retrouver son diablotin vivant, il lui faudra l’embrasser. Le dégoût disparaît peu à peu. Effectivement, il faut sauver le diablotin. Il leur faut trouver McAfyx et l’épée magique. Il lui faut sauver son frère Caissieràminiprix. Et puis s’il n’y a que ça pour rendre heureuse cette fille de la déesse Solitude, Intêret Général vaut bien un baiser visqueux. Après tout la tendresse est également une richesse qu’il convient de redistribuer.

dimanche 6 juillet 2008

CHAPITRE 6 « WAR ZAO ATAO » (4/5)


Chose étrange, au fur et à mesure qu’il approche sa bouche des lèvres de la sorcière, il lui semble reconnaître quelque chose de familier dans ces yeux verts, entourés de rides. Finalement il dépose un baisé sur ces lèvres fripées en tachant de garder les yeux bien ouverts, histoire de ne pas lui manquer de respect. Et bizarrement, le contact avec cette bouche qui semble au premier abord sèche et fanée se fait progressivement agréable. Les pétales de ce visage se font douces et charnues. Les rides disparaissent et les yeux se parent d’un très joli vert. Surpris, il recule la tête, un peu décontenancé par toutes ces diableries. Un nouveau visage s’offre à ses yeux à la limite du bris de cornées. Les pommettes de Didactix rougissent tellement que la vision infrarouge de la faune alentour s’en trouve éblouie. Loanamélusine qui se tient devant lui.

« Bonsoir Didactix» dit-elle en souriant ; « alors comme ça, on aime les vieilles dames ? » poursuit elle en éclatant de rire. « À vrai dire, seulement les fées mûres aux yeux verts » répond Didactix en forme de pirouette, afin de masquer sa surprise.

« Moi je vois surtout ta grandeur d’âme Didactix. Prêt à tout pour Intérêt Général n’est-ce pas ? » lui dit-elle doucement. « Dis-moi jolie fée des piscines. Tu ne me draguerais pas par hasard ? » lui demande-t-il en retour.

« On peut dire ça comme ça mon beau coup de foudre. D’ailleurs étant donné que nous autres fées ne faisons rien à moitié, et puisque je nous sais faits l’un pour l’autre, je me permets de te demander en mariage » souligna-t-elle en riant. « À une condition toutefois. Il te faudra choisir. Tu ne pourras m’avoir que hideuse le jour et belle la nuit ou l’inverse, selon ton désir. »

Didactix, ému, fou d’amour, fou de joie, ne sait que dire. Pour lui, elle était tout simplement merveilleuse et lui tout simplement heureux chaque seconde qu’il passe à ses côtés. Il commence par lui répondre avec de l’humour, « en somme, pour le meilleur et pour le pire ou vice-versa, c’est ça ? » avant de conclure avec un « à toi de choisir, jolie fée, ce qui serait le meilleur pour nous deux. Je m’en remets à ta sagesse. »

« T’es un vrai démocrate ! » Dit-elle en riant. « Puisque tu es ainsi, tu auras mon meilleur tout le temps mais avant cela tu devras finir ta mission. »

Sa mission ! Elle lui revient subitement à l’esprit. Le diablotin, son frère, le village, l’épée. Loanamélusine et Didactix se mettent en route vers le « gué des lavandières ». Syndicaline qui s’occupe toujours du diablotin voit arriver le couple. Reconnaissant la fée, elle sourit. «Je comprends maintenant pourquoi tu tardais à revenir » lança-t-elle en direction de son vieux pote. « Ce n’est pas le moment pour les vannes et puis écarte-toi du diablotin, Loanamélusine va le soigner» répondit Didactix.

La fée mignonne sort alors d’entre ses jolis petits seins, une fiole contenant une liqueur sacrée. Il s’agit d’un cidre fabriqué à partir des pommes du jardin de Jolie d’Avalon. Elle en dépose une goutte sur les lèvres du diablotin qui retrouve instantanément sa couleur caractéristique. Didactix ne peut détacher ses yeux de sa jolie fée des piscines. Syndicaline le remarqua et sourit. Le diablotin est guéri. Alors Syndicaline relève le petit-gris et dit à Didactix qu’il n’a qu’à la retrouver, ainsi que les autres, plus tard à l’auberge. Et oui, le temps presse mais le désir aussi.

Loanamélusine conduit son Didactix vers sa demeure. Il s’agit à première vue d’un gros rocher dans la forêt. Le regard de Didactix se fait dubitatif. Nulle entrée n’est visible. Brusquement, la fée jolie prend fermement la main de son compagnon et se jette avec lui contre la paroi rocheuse. Il ne résiste pas et découvre qu’un passage magique s’est ouvert. Ils sont maintenant à l’intérieur du rocher. Un intérieur sobre mais aménagé avec goût.

« Tu sembles surpris » lui demande Loanamélusine. En souriant, Didactix répond que oui, « agréablement surpris, en effet. À vrai dire, je m’attendais à quelque chose de plus rococo, avec du mobilier en or massif, conformément aux vieilles légendes féeriques ».

« Il fut un temps, c’était le cas, surtout chez les générations précédentes de fées mais deux événements ont pas mal changé nos habitudes. Tout d’abord, cet infâme Vivendix qui a trouvé le moyen de piller presque tout l’or des fées des rivières. Et puis l’arrivée dans nos contrées de la fée Engshui qui nous a appris à aménager nos intérieurs différemment. Suis-moi, je vais te faire visiter… »

La suite ! Et bien, elle ne vous regarde pas. On suppose qu’ils s’échangeront des mots doux, des mots fous, qu’ils s’embrasseront et s’étreindront passionnément.

À l’auberge, Syndicaline raconte ce qui s’est passé. Constitutionnix sourit. Cégétix n’écoute pas ; il ne pense qu’à l’épée. Puis tout le monde finit par s’endormir aussi bien à l’auberge que dans le rocher.

mercredi 2 juillet 2008

CHAPITRE 6 « WAR ZAO ATAO » (5/5)


Les premiers rayons du soleil tirent au même moment de leur sommeil, aussi bien Constitutionnix que Loanamélusine. Cette dernière réveille tendrement Didactix. Heureux homme ! Car les fées savent éveiller un homme comme peu de femmes savent ou acceptent de le faire. La fée Latia étant la plus experte en la matière.

Il est temps de poursuivre la route. Loanamélusine explique à Didactix qu’il leur faudra longer la côte Nord vers l’Est. À vingt-cinq lieues d’ici, se situe la ville des fiers Lexobiens (Lannion). Une ville où se trouve l’un des plus majestueux sanctuaires dédiés au dieu Lugh, le dieu des arts et techniques. Dans cette cité où la devise « war zao atao » signifie « en avant toujours », ils trouveront McAfyx. Il sera sans doute à l’une des portes de la Lughopole « Anticipa », fanfaronnant tout prés du sanctuaire. Puis ses propos se font plus sibyllins. Elle lui dit que pour trouver McAfyx, ils devront recréer les réseaux, se souvenir en réseau, car nulle quête solitaire, même la plus déterminée, ne peut l’être totalement. Elle lui dit aussi qu’il leur faudra entrer dans le labyrinthe et débusquer l’Unité Centrale avec son écran qui ouvre les portes de l’inframonde. À cet effet, elle lui tend un cédérom magique. Didactix renonce à éclaircir toutes les phrases de sa fée jolie. Loanamélusine finit en annonçant à son amoureux que Constitutionnix aura en route une belle surprise.

Après toutes ces explications, vient le temps des embrassades, impatientes de nouvelles étreintes. Loanamélusine et Didactix se quittent le regard brumeux et s’échangent un « à bientôt » désireux. Didactix tourne le dos et Loanamélusine soupire. Il était temps qu’il parte car elle n’aurait pas pu dissimuler son inquiétude plus longtemps. « Ton chemin est long mon amour et les routes de l’inframonde bien périlleuses. Que les dieux te gardent en mon monde ! Que Belenos éclaire ta route ! Que Lugh te guide dans les dédales ! Et que Oengus me ramène mon amour !» Telle était la prière de cette fée aimante.

La petite troupe accueille Didactix avec de grands sourires. Didactix le leur rend accompagné d’un « ben quoi ? » « Rien ! Rien ! » Disent-ils tous en cœur. Didactix donne les informations qu’il détient et le diablotin peut se mettre à tirer son pousse-pousse quatre places. Ils longent la côte depuis maintenant une bonne heure. « Léxobie ? Léxobie ? ça me rappelle quelque chose, » se dit Constitutionnix avant de s’assoupir sous le roulis du pousse-pousse décapotable.

« Aïe ! » s’écrie Constitutionnix soudainement. Une vive douleur sur le sommet du crâne vient de le sortir de sa torpeur. Ses compagnons se tournent vers lui mais ils le regardent au-dessus de sa tête, étonnés. Constitutionnix finit par sentir une présence sur son crâne. Il fait un geste pour saisir ce qui le gêne mais d’un bond, la chose lui saute sur les genoux. « Ben ça alors ! » Dit-il. Ce qui vient de le réveiller d’un coup de bec sur la tête, est en fait un beau corbeau tout blanc, un légendaire corbeau albinos aux yeux rouges, brillants comme deux rubis volés à un maharadjah. Tous se trouvent hypnotisés par le corbeau. Tous sauf le diablotin bien évidemment qui continue imperturbable à tirer son pousse-pousse.

Tout d’un coup, l’effet hypnotique est brisé par les éclats de rire heureux et émus de Constitutionnix. « Maître, mon bon vieux maître ! » S’écrie-t-il. Il venait de reconnaître Gutuaterix, le grand druide, son vieux maître qui visiblement avait choisi de se réincarner dans ce magnifique corbeau blanc. Le corbeau se met à rire tout autant, joyeux que son élève le reconnaisse.

C’est alors que Cégétix, Syndicaline et Didactix assistent à une conversation hallucinante entre leur vieux druide et ce corbeau tout blanc. Quoiqu’en y réfléchissant bien, tout cela les étonnait de moins en moins. « C’était toi, alors, la silhouette blanche que je surprenais parfois ? » « Oui ! » Répond le corbeau. « Tu as assisté à toutes nos péripéties alors ? » « Oui ! » Refait le corbeau. « Visiblement, t’en a connu quelques-unes unes toi aussi » , dit Constitutionnix en remarquant quelques cicatrices sur le nouveau corps de son vieux maître.

Gutuaterix explique qu’il s’était battu férocement, au printemps, contre des nuées de corneilles, voraces comme jamais auparavant, au moment où elles s’envolaient depuis leur base installée dans la forêt de Meudon, afin de saccager, en guise d’apéritif, des nids de moineaux et d’hirondelles. Repues, elles prospéraient. Cela l’avait inquiété. Elles se multipliaient telles des sauterelles, ce qui lui avait rappelé d’anciennes prophéties.

« La corneille piaille les veilles de bataille. Elle attend le festin qu’elle fera des carcasses laissées sur le champ des conflits sociaux ».

En écoutant cela Syndicaline et Didactix se rappellent les propos énigmatiques tenus par le vieux pigeon de la Sorbonne. Il parlait lui aussi des corneilles de la forêt de Meudon. Tout le monde tourne son visage vers le couchant en ayant une pensée pour les victimes de la dernière bataille. L’atmosphère se fait pesante dans le char, et ce malgré la joie que ressent Constitutionnix d’avoir retrouvé son vénéré mentor.

Nos amis se dérident progressivement. Ils pensent à la nécessaire contre-attaque et à la fameuse épée magique dont ils devront trouver le nom. Le mot épée magique prononcé par Didactix déclenche une réaction chez Cégétix. Comme s’il se trouvait au milieu d’un cauchemar, Cégétix se met à hurler dans le char, secoué de rires nerveux, «Gwrève Gwénwéralh ! Gwrève Gwénwéralh ! »

dimanche 22 juin 2008

CHAPITRE 7 « LES RIVAGES DE L’INFRAMONDE » (1/5)


« C’est encore loin Grand Druide », s’exclame Cégétix impatient. « Oui, très loin ! » répond Constitutionnix agacé.

« Faudrait savoir alors ! », poursuit Cégétix. « C’est pas que j’en ai assez, c’est plutôt que j’en ai carrément marre ! Depuis ce matin, nous cherchons McAfyx en nous fiant à ton instinct et puis toujours rien. À chaque fois que l’on te demande si on chauffe, tu nous dis que oui et au final encore et toujours rien. On ne va pas tourner sans cesse à bord de ce maudit char jusqu’à la Fin de l’Histoire tout de même ».

« C’est vrai que l’on piétine un peu, Constitutionnix », se permet Syndicaline.

« Je te reconnais bien là, mon cher élève. Tu as toujours tenu à trouver par toi même les solutions aux problèmes mais ne faudrait-il pas envisager, une autre voie ? » dit Gutuaterix, le corbeau Albinos.

« Apparemment la majorité a parlé », conclut Constitutionnix. « Ne nous en veux pas Constitutionnix mais nous aimerions bien débusquer l’épée magique le plus vite possible », tempère Didactix, après avoir remarqué les sourcils froncés du vieux Druide.

Le visage de Constitutionnix se détend. Le vieux sage se caresse la barbe puis sourit. « Il est vrai que je m’entête », dit le druide, « l’âge sans doute ! ». Il vient à peine de finir le dernier son du mot « doute » qu’il se claque le front.

« Par Belenos, Teutatès et Lugh, Je l’avais complètement oublié celui-là », se dit-il. Tous nos camarades le regardent interrogateurs. « Nous n’aurons pas à attendre la Fin de l’Histoire pour trouver notre homme. Il suffit d’aller voir ce bon vieux Huguix les Bons Tuyaux, un vieux barde de mes amis que j’ai perdu de vue depuis bien longtemps. Je me disais bien que les terres de Lexobie ne m’étaient pas inconnues. Huguix m’a écris il y a quelques années pour me dire qu’il s’était installé ici, prés du temple Lughien d’Anticipa ».

Tout le monde sourit de soulagement. L’aventure va pouvoir continuer. Constitutionnix les met toutefois en garde. « Si je peux trouver Huguix les Bons Tuyaux, ne vous emballez pas pour autant. Là où nous allons, le calme sera notre meilleur allié. Ne confondez jamais vitesse et précipitation ». Puis le vieux druide indique à Syndicaline qu’il faut demander au diablotin de les conduire vers la côte car au coucher du disque solaire, Huguix s’en va toujours vers les rivages chanter une berceuse afin que Belenos trouve repos et calme dans les bras de l’océan.

Ils le trouvent effectivement sur une plage, une harpe celtique coincée entre ses deux genoux. En fait, il ne chante pas une berceuse. Pas cette fois-ci.

« Seul sur le sable, les yeux dans l’eau, mon rêve était trop beau. L’été qui s’achève, tu partiras, à 100 000 lieus de moi… »

« 100 000 lieues, c’est beaucoup tout de même !» reprend Cégétix. « Cela doit faire au bas mot la distance Terre Jupiter. C’est pas possible ton histoire ! Il va falloir changer les paroles. »

Huguix se retourne tout courroucé dans la direction du guillotin artistique, prêt à lui rétorquer, qu’il s’agit là d’une vieille balade acadienne qui d’ordinaire parle aux êtres sensibles, ce qui ne semble pas être son cas. Mais au lieu de répondre, il sourit. Aux côtés de Cégétix, il a reconnu Constitutionnix.

Après les embrassades et autre présentations d’usage, le vieux druide explique à Huguix les raisons de leur venue. Huguix les Bons Tuyaux se propose bien volontiers de les mener à McAfyx le Pirate dont il connait effectivement le repère. Il le fait avec d’autant plus d’entrain qu’il se lamente auprès de Contitutionnix de se sentir bien seul. L’ennui est sa seule compagnie. Plus personne ne lui demande de conter les histoires ancestrales ou de chanter les chansons éternelles. Tout est désormais téléchargeable sur La Toile. La Puce Dorée dispense tout, vérités et mensonges, savoirs et plaisirs. La petite Puce Dorée est devenue la grande aragne de la Toile. Constitutionnix tente de le consoler en lui disant qu’il faut bien s’adapter au cycle des saisons, apprendre à surfer sur les vagues du temps, saisir les outils du moment afin de faire fructifier un héritage ; et en lui démontrant également qu’il y aura toujours de la place pour les mémoires vivantes et les sentiments. Rien n’y fait, Huguix les Bons Tuyaux semble prisonnier d’une grande mélancolie. Le lendemain matin, mélancolie ou pas, il les conduit vers la tanière de McAfyx.

jeudi 19 juin 2008

CHAPITRE 7 « LES RIVAGES DE L’INFRAMONDE » (2/5)


Et effectivement, McAfyx se trouve bien là, comme l’avait indiqué Loanamélusine, à proximité du temple de Lugh. D’après Huguix les Bons Tuyaux, McAfyx serait le seul élève d’Epitae le Parisi, un autre grand-maître de la Toile, à avoir franchi le grand océan, traversé la Grande Vallée des Puces et à en être revenu indemne. On prétend qu’une fée, la Fée Pachier, lui avait offert avant son départ une paire de lunettes à double foyer magique, ce qui lui avait permis de demeurer vigilant et lucide. C’était bien lui, McAfyx au visage gracile, au teint d’albâtre, lézardé d’une étrange cicatrice, et portant les cheveux longs ; McAfyx à la rétine écarlate et à la cornée diaphane. Il jouait en réseau, assis, concentré sur l’un des multiples écrans d’ordinateurs présents dans sa cybertanière baptisée « Atlantis d’Arcadia ».

Notre petite troupe n’a pas fini d’entrer dans la cybertaverne que McAfyx se lève et se dirige vers eux. « Alors comme ça, vous me chercher. Ne soyez pas étonnés mais mon Newsgroup m’a prévenu que vous cherchiez un maître de la toile afin de vous guider », dit-il plein d’assurance en même temps que sa balafre sourit de satisfaction.

Constitutionnix sourit lui aussi pendant que le reste de la troupe sourcille exclamatoirement. « En effet, nous te cherchons », dit le druide, « et puisque tu sembles si bien informé, ce sera du temps de gagner dans la poursuite de notre mission ».

« En route ! » claque McAfyx à la manière d’un ordre. C’est d’ailleurs le cas puisque nos compagnons voient trois autres jeunes araignées du Net décrocher leur nez des écrans et se lever. Il s’agit de Wifix, Atarix et Joystix, les trois fidèles acolytes du Pirate.

Le commando de l’infra-monde, au grand complet, avec ces neufs membres, peut enfin se mettre en route ; Huguix marchant mélancolique, McAfyx sur de lui, Joystix rigolard, Atarix observateur, Wifix faisant plus ample connaissance avec ses nouveaux compagnons, Cégétix déterminé, Didactix curieux de la suite des évènements, Syndicaline un peu inquiète et Constitutionnix pensif portant Gutuaterix perché sur son épaule.

Pourquoi Syndicaline est-elle inquiète, me demandez-vous ? Pour rien de trés grave, rassurez-vous. Maintenant que le chemin se fera à pied, elle a dû garer son char magique devant la cybertaverne. Or ne connaissant pas trop le coin, elle a quelques craintes pour le véhicule de Syndicalix et son diablotin.

« Avez-vous le cédérom magique ? » demande McAfyx impassible. Surpris, Didactix sort la galette numérique de l’une de ses poches, en rougissant pendant un court instant, l’image de sa jolie fée lui traversant l’esprit. « Oui !» Dit-il pour finir.

« Il ne nous reste plus qu’à trouver l’ordinateur maître du labyrinthe Call Centrum », poursuit McAfyx tout en entraînant la troupe sur un chemin qui les éloigne du centre de recherches, le centre cultuel de la Lughopôle.

« Le maître ordinateur n’est pas dans le sanctuaire ? » Demande Constitutionnix. « Non ! Le sanctuaire est en libre accès. C’eût été trop dangereux de l’y laisser » répond McAfyx, un peu méprisant devant ce qu’il estimait être une lacune de ne pas savoir cela pour un druide de ce rang. Constitutionnix sourit. « On a préféré l’installer au centre du labyrinthe, dans un endroit bien mieux gardé et plus repoussant comme vous allez pouvoir vous en rendre compte » , explique McAfyx.

« Nous y voilà ! » reprend McAfyx après une marche de plusieurs centaines de mètres. « Voici le Call Centrum, le terrible labyrinthe gardé par Minotaure-le-Supervisor. Mais n’ayez crainte et surtout laissez-moi faire ! » Constitutionnix sourit une fois de plus. Le reste de la troupe remarque interrogative l’inscription en lettres d’or sortant de la bouche d’un caïman, et qui figure sur le fronton du Call Centrum. « Votre labeur fait notre liberté ».

Après avoir caché Gutuaterix, le corbeau albinos, dans une boite à outils, ils passent la gigantesque porte monumentale de verre et d’acier, tous alignés derrière McAfyx le Pirate. Quel étrange spectacle ! Leur regard ne parvient pas à se fixer, rebondissant, tournoyant puis se perdant devant l’étendue des couloirs et la multitude d’alvéoles accrochées à ceux-ci. Dans les alvéoles les plus proches, présentées comme des postes de travail par McAfyx, s’y trouvent attachées à des ordinateurs par leurs oreilles droites, rouges et hypertrophiées, des essaims d’e-ouvrières, chargées d’e-convaincre, frénétiquement, des e-consomateurs, choisis par l’ordinateur qui leur sert de contremaître.

Nos amis finissent par braquer leurs yeux éberlués sur McAfyx. Comment vont-ils bien pouvoir retrouver le Maître Ordinateur dans ce dédale qui semble s’étirer à l’infini ? « Rassurez-vous ! Le réseau a été installé par des amis au service d’Arianne2i. Nous n’aurons qu’à suivre le fil bleu, la fibre optique qui relie tous les ordinateurs esclaves à l’ordinateur maître. » Mais avant ça, il va falloir affronter l’imposante masse du Minotaure qui se dirige vers eux à cet instant. « Laissez-moi faire ! » Conclut McAfyx.

mercredi 11 juin 2008

CHAPITRE 7 « LES RIVAGES DE L’INFRAMONDE » (3/5)


Oui mais faire quoi ? C’est que Minotaure-le-Supervisor est gigantesque et arbore un air particulièrement sévère. Détail presque amusant, deux antennes un peu comme celles d’une fourmi, qui sont en fait des oreillettes, semblent se trouver visées à ses oreilles. Elles lui permettent de surveiller les échanges télémarketings menés par ses e-ouvrières. L’observant, Didactix se dit « les fourmis ont des transmetteurs olfactifs, nous avons désormais les nôtres pour les ondes ».

Le Minotaure se trouve maintenant devant eux. McAfyx le Pirate se présente comme un administrateur réseau de chez Ariane2i. Il aurait été appelé suite à un problème de serveur. « Et me voilà, avec toute mon équipe technique ! » Conclut-il tout en présentant un faux bon de commande. Le Minotaure lui fait savoir qu’il n’a pas été connecté à cette donnée or il déteste ne pas être au courrant de ce genre de choses. C’est qu’il en va de sa stature de Supervisor.

McAfyx explique qu’il faut de toute urgence renforcer la protection du réseau et améliorer le débit du service sans quoi ils risquent de se retrouver à la merci du premier pirate venu ou pourraient avoir du mal à faire face à un éventuel surcroît d’activité. Minotaure fronce les sourcils mais les deux arguments magiques, menace et rentabilité, ont fait mouche. Nos amis se mettent en marche derrière McAfyx qui pendant la discussion avait repéré le fil bleu d’Ariane2i.

Le Minotaure les laisse passer, bien que ses sourcils demeurent figés dans une expression dubitative. Ses antennes de fourmi soldat s’agitent comme si elles percevaient un danger. Un doute le tenaille. Il s’apprête à les rappeler lorsque son oreillette s’alarme. L’instant d’après il hurle dans le transmetteur, en forme de mandibule, placé devant sa bouche, « numéro 365, 20 euros de déduits sur votre prime accueil ! Cela vous apprendra à dire au revoir au lieu d’à bientôt au client-pigeon-roi ! »

McAfyx et son équipe se dépêchent de suivre la fameuse fibre optique, le long d’allées aux zigzags interminables au cours desquels Cégétix observe la présence de jeunes visages, tous similaires, aussi fatigués qu’hypnotisés par ces écrans d’ordinateur.

« Voilà le local ! » s’écrie Joystix. « Au boulot ! » enchaîne McAfyx. Wifix est chargé de surveiller l’entrée du local où se trouve le serveur central, l’Ordinateur Maître. Précaution utile car au loin, Wifix peut d’ores et déjà deviner que les deux antennes du Minotaure se dirigent vers eux. « Dépêchez-vous ! » dit-il.

Le cédérom gravé de runes oghamiques est introduit dans le lecteur qui se met à tourner plus vite que d’ordinaire tout en produisant des bruitages inhabituels. Finalement le bruit s’arrête mais rien n’apparaît sur l’écran. Aucun icône ne s’affiche, aucun programme ne se lance. Alors que McAfyx s’apprête à pianoter sur le clavier une formule numérique dont il a le secret, l’ordinateur s’éteint brusquement puis redémarre.

« Crotte de puce, nous allons nous faire repérer ! Nous avons dû planter tout le réseau ! » S’exclame Joystix. Effectivement, une rumeur plaintive monte depuis les alvéoles du labyrinthe. Puis celle du Minotaure qui rugit, les traitant tous d’incapables. Wifix qui fait toujours le guet insiste pour que l’on se dépêche. Au loin, il observe que le déplacement des antennes du Minotaure s’est accéléré.

McAfyx qui n’a pas quitté l’écran des yeux voit défiler des lignes de codes étranges jusqu’à ce que l’interrogation « Password » s’affiche à l’écran. « Comment ça mot de passe ?!? » s’interpelle toute la troupe en se tournant vers Didactix et Constitutionnix. Didactix hausse les épaules. Il ne sait pas quoi répondre. Constitutionnix demande à McAfyx de taper le mot « Samain », le nom de la fête qui a lieu selon l’ancien calendrier entre le 31 octobre et le 1 novembre, moment où les portes de l’inframonde s’ouvrent. L’ordinateur piaille. Cela ressemble à un piaillement positif. Tout le monde soupire de soulagement. Mais la formule « Date Error » apparaît à l’écran. Tous les visages, y compris celui de Constitutionnix, se crispent à nouveau tout en expirant un « comment ça, erreur de date ?!? ».

« Mais bien évidemment ! », s’écrie McAfyx, « Nous sommes en plein mois du travail (mai selon l’ancien calendrier) et non pas à la fin de celui des vendanges (octobre) ! Ça ne peut pas fonctionner ! » Il prend immédiatement la souris, déplace un curseur en forme de petit dragon et clique sur le coin supérieur droit de l’écran. Il reconfigure ainsi l’horloge de l’ordinateur en entrant la date du 31 octobre puis actionne la touche « Entrée ».

« Grouillez-vous ! » lance Wifix, le front en sueur. « Ça vient ! ça vient ! » Répond McAfyx. Il tape de nouveau le mot « Samain » et réappuie sur la touche « Entrée ». Le lecteur de cédérom se met alors à tourner furieusement, faisant un boucan de tous les diables. Maintenant c’est au tour d’une fumée compacte de s’échapper par les interstices du lecteur.

Les regards s’affolent. Constitutionnix tente de les rassurer en expliquant qu’il s’agit des nuées de l’inframonde pour la bonne raison que la fumée a l’odeur du gui fraîchement coupé plutôt que celle de composants électroniques en train de griller. Mais les propos du druide ne les calment pas vraiment. En fait, ils ne savent plus ce qui les affole le plus, l’arrivée imminente du Minotaure ou les nuées de l’inframonde. Le brouillard a envahi toute la pièce. Un Triskèle doré et extrêmement brillant emplit l’écran. « Posez vos mains sur l’écran », leur demande alors Constitutionnix. « Wifix ! Amène-toi ! » Ordonne McAfyx.

« Quelle bande d’incapables ! Quelle odeur nauséabonde ! Mais où sont-ils passés ! » Hurle le Minotaure en entrant furieux dans le local informatique tout en essayant de chasser la fumée avec ses deux mains énormes.

lundi 9 juin 2008

CHAPITRE 7 « LES RIVAGES DE L’INFRAMONDE » (4/5)


Toute notre petite troupe se trouve maintenant dans l’inframonde. Mais ils n’ont pas le temps d’ouvrir les yeux qu’un cri horrible leur vrille les oreilles. Leur premier geste consiste donc à se les boucher. C’est le cri de la plus vieille Puce du monde, la Puce Dorée. Elle a détecté leur passage à travers le portail numérique et hurle de frayeur, de peur qu’ils la retrouvent. Finalement, elle se met à l’abri dans un fichier caché et cesse de hurler. L’alerte passée, ils observent leur nouvel environnement.

Une toile arachnéenne numérique, aux mailles épaisses, tapisse l’horizon à l’infini. Au-dessus comme en dessous, des textes, des images, des spams, défilent en permanence. Une lumière phosphorescente, comme celle que produiraient des milliers d’écrans d’ordinateurs dans un gigantesque hangar ténébreux, éclairent leurs déambulations. Où sont-ils et surtout où aller ?

Alors que Constitutionnix libère Gutuaterix de la boîte à outils où il se trouvait jusqu’à présent, McAfyx se met soudainement à sautiller puis à bondir sur les mailles de cette toile qui leur sert de défilé aventureux. Les mailles ont beau être suffisamment larges, ce balancement n’est pas fait pour les rassurer dans ce lieu étrange. Ils se demandent si McAfyx est devenu fou et lui intiment l’ordre d’arrêter. McAfyx en souriant leur signifie de s’accrocher et de lui faire confiance. « La voilà ! » conclue-t-il.

Au loin, telle une locomotive s’avançant à grande vitesse sur un monorail, une masse grandissante s’approche d’eux. Ils finissent par reconnaître avec surprise les formes pixélisées d’une araignée-robot. Elle s’arrêta devant McAfyx. Elle n’a pas l’air menaçante ce qui déride un peu nos amis.

« Je vous présente Googlie », dit McAfyx, « notre arachnomoteur de recherche. D’ailleurs que cherche-t-on ? ». « L’épée au nom de tonnerre pourfendeuse d’injustices » répond Didactix. « Non, Grwéve Gwenwéralh, elle s’appelle Grwéve Gwenwéralh » précise tout excité Cégétix. Les autres le regardent d’un air circonspect.

McAfyx qui parle aussi bien le Java que le Basic, demande à Googlie de les conduire vers l’épée « Grwéve Gwenwéralh », en lui glissant des mots clés à l’oreille. « Aucune page ne correspond à votre requête » répond Googlie en Javanais. McAfyx se tourne vers Cégétix en lui demandant s’il est sûr de lui. « Oui, tout à fait, vous verrez bien de toute façon lorsque l’épée répondra à ce nom ». Contitutionnix indique alors à McAfyx d’essayer la formule de Didactix « L’épée au nom de tonnerre pourfendeuse d’injustices ».

Ça fonctionne. L’araignée numérique fait signe à tout le monde de monter sur son dos et de s’accrocher fermement aux différents capteurs qui s’y trouvent. Elle se met en route. À toute vitesse, elle saute de maille en maille, de fil en fil, de texte en texte, d’image en image, évitant les publicités, les spams et les autres détritus de la toile. Tout cela leur donne le fameux tournis numérique, le mal du cybair. Et ce n’est qu’un début puisque au détour d’un lien hypertexte, il arrive à Googlie de virer brusquement, leur faisant encaisser des grandes quantités de G haut débit. Ce faisant, le sang irrigue mal les cerveaux ainsi que les rétines. Le voile rouge et le voile noir les menacent. Certains sont au bord de la perte de conscience. Un arrêt brutal met fin à ce grand huit numérique. Constitutionnix vomit.

Catastrophe ! Les huit pattes de Googlie sont engluées dans la toile. À tel point qu’elle ne se débat même pas, n’exprime plus rien. Complètement inerte, la voilà scotchée à la toile par un virus collant. C’est là qu’un « Vengeance ! » se fait entendre suivi d’un rire, résonnant au loin. Il s’agit du rire de la Puce Dorée. « Crotte de puce, nous voilà plantés » s’exclame Joystix. Que faire ? Tout le monde interroge McAfyx d’un geste du menton. McAfyx hausse les épaules, marquant ainsi son impuissance et sa rage. Ils ne peuvent même pas descendre de leur arachnomoteur de recherche sous peine de rester collés eux aussi à la toile. Gutuaterix exécute bien quelques cercles dans les airs, mais il ne sait pas où aller.

Alors que l’abattement les gagne, un éclair argenté se dirige vers eux depuis le firmament numérique à la vitesse d’un transfert par fibre optique. « Ouah ! » s’exclament McAfyx, Wifix, Joystix et Didactix. Ils viennent de reconnaître un héros mythique, un super héros venu du fin fond de la Galaxie, emprisonné à jamais sur Terre par Galactus, le Titan mangeur de planètes. Il s’agit du Silver surfer, soit le Surfeur d’argent. Le Surfeur d’argent, pour ceux qui ne le connaissent pas encore se trouve complètement enveloppé dans une substance argentée qui le rend invulnérable. Et il vogue librement dans les airs grâce à sa planche de surf cosmique. D’aucun prétendaient qu’il avait élu domicile dans le monde numérique où les victimes potentielles sont nombreuses. C’est vrai !

lundi 2 juin 2008

CHAPITRE 7 « LES RIVAGES DE L’INFRAMONDE » (5/5)


Arrivé à leur hauteur, il leur fait signe à tous les neuf de monter sur son surf qui s’allonge pour l’occasion. Puis sans mot dire, il propulse sa planche dans les airs. Wifix jette un dernier regard attristé sur Googlie. Sur le surf l’accélération est phénoménale et continue. Mais la vitesse se stabilise enfin après que le surf ait dépassé le mur de l’ADSL en zone dégroupée. Ils vont vraiment très vite, à plus de 10 mega-bites seconde, selon McAfyx. La vitesse est telle qu’aucun son n’est audible, ce qui évite au Surfeur d’Argent d’être assailli par tout un tas de questions.

Sous leurs pieds, la toile géante continue de défiler jusqu’au moment où Syndicaline tapote l’épaule de Didactix pour lui signifier de regarder devant lui. Ils se dirigent tout droit vers une gigantesque cascade verte de codes binaires qui couvre maintenant tout l’horizon depuis le firmament jusqu’à des abysses insondables. Constitutionnix qui vient de se rendre compte de cela aussi, se dit qu’il s’agit sans doute du fameux mur de Merlin, l’ultime rideau qui sépare de l’inframonde. À peine ont-ils le temps, par pur réflexe, de placer leurs bras devant leurs yeux, qu’ils l’ont déjà traversé. Tout éclaboussés de zéros et de uns, ils découvrent un environnement beaucoup plus familier, celui de l’océan ; de l’eau à perte de vue, un vent chargé d’embruns, des goélands qu’ils dépassent à une allure toujours aussi ahurissante.

Une île, au loin, n’a même pas eu le temps de sembler se dessiner que les voilà maintenant au beau milieu de celle-ci. De la lande et des bocages. À quelques dizaines de mètres devant eux, se dresse un Cromlech majestueux, comme celui de Stonehenge, à la différence près que celui-ci est formé de stèles verticales en argent massif et horizontales en or. Le surfeur leur fait signe de descendre, ce qu’ils font sans poser de questions. Il n’est vraiment pas bien loquace ce Super Héros. Wifix, Joystix, McAfyx et Didactix lui adressent, tout de même un sourire, en guise de remerciement.

Constitutionnix se met en route vers le Cromlech. La troupe le suit vers le sanctuaire circulaire. Alors qu’il était à son zénith l’instant d’avant, le soleil décline subitement. Il finit par se coucher dans l’exact alignement de la stèle la plus majestueuse. De son côté, la Lune émerge à l’exact opposé, une lune énorme, anormalement rousse et lumineuse. Au centre, un cristal de taille humaine semble attirer la lumière, la scinder et la redistribuer dans le cercle, de telle sorte qu’apparaît devant eux ce qui semble être un hologramme.

Constitutionnix et Huguix le reconnaissent tout de suite. Du gui grimpe le long de sa jambe droite, de la palmette pousse sous son pied gauche et deux dragons, l’un rouge, l’autre noir, voltigent au-dessus de lui. Constitutionnix indique au reste de la troupe qu’il s’agit d’une image du dieu Lugh, le vieux dieu polytechnicien. « Je le sais ! » fait McAfyx.

Syndicaline se trouve subjuguée par la lumière et par l’hologramme qui paraît de plus en plus réel. C’est peut-être bien lui après tout. Didactix frissonne sans comprendre pourquoi. Lugh semble heureux de les voir. Constitutionnix remarque que le regard du dieu s’attarde tout spécialement sur Didactix, un regard plein de tendresse que Didactix ne remarque pas. Constitutionnix comprend très vite pourquoi Lugh le regarde ainsi. Didactix est l’un des premiers bébés-éprouvette. Il est donc le fruit vivant de la technique, un enfant inspiré par Lugh, et par conséquent un peu l’un de ses enfants. Lugh les regarde tous fixement pendant un long moment sans rien dire. Personne n’ose parler, l’instant est magique. Il est vrai que l’on ne rencontre pas tous les jours une divinité placée à un tel niveau dans l’organigramme céleste. Lugh met fin à cette scène en tendant son bras droit vers l’Ouest, un bras qui semble démesurément grand, puis il disparaît. Nos amis ne remarquent pas la disparition du vieux dieu tout de suite et mettent quelques bonnes minutes à sortir d’une hébétude contemplative.

« Je crois qu’il faut aller vers l’Ouest », finit par dire tout doucement Constitutionnix. Le Soleil accueille cette initiative en rebroussant chemin vers son zénith. « Bizarre tout ça, non ? » dit Atarix.

Ils se mettent en route vers la côte ouest en se disant qu’elle sera longue. Mais bien que l’île leur avait semblé assez grande depuis là haut, sur le surf du Silver surfer, ils atteignent la côte ouest de l’île très rapidement. « Vraiment bizarre tout ça ! » Se dit encore une fois Atarix. « Le temps et l’espace semblent distordus », conclue-t-il. « Quantique ! » Précise McAfyx. Joystix, Atarix et Wifix s’esclaffent maintenant carrément. À peine venaient-ils de passer à côté d’un gros rocher que l’instant d’après, en se retournant, ils ne le distinguent quasiment plus, tant il parait être loin. Tout cela leur rappelle des soirées passées à trop tirer sur des pipes à marijuana.

Voici le rivage. Un bateau aux formes minimalistes apparaît tel un taxi que l’on aurait commandé. « Ça va flotter, ça ! » Lance Syndicaline, semblant regretter le char magique et son diablotin qu’elle avait pris en affection. Il est vrai qu’il ne s’agit pas d’un bateau ordinaire mais d’un Curragh, un vieil esquif gaélique des temps anciens, dénué de voilure et composé d’une ossature en bois de chêne enveloppée du cuir d’un quelconque sanglier sacré. Deux disques solaires en or brillent de chaque coté, ce qui lui donne un côté carriole qui fait sourire un peu plus Syndicaline.

Ils se décident néanmoins à le poser sur les flots et à grimper à l’intérieur. Huguix est le dernier à monter. Une grosse vague salue alors sa montée à bord en administrant une grande claque écumeuse sur la proue. Etrangement l’écume se fige et se transforme sous leurs yeux ébahis en cheval. Oui, un cheval d’écume s’attelle au curragh. Pourquoi pas après tout. Syndicalix disposait bien d’un diablotin tireur de char. Le curragh, tel un hors-bord illyrien fonçant sur l’Adriatique chargé de produits de contrebande, galope maintenant sur les vagues à vive allure.

(Plus que deux chapitres avant The End...)